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Hyperacidité gastrique

La solution IPP

Doctinews N° 46 Juillet 2012

Succédant aux antihistaminiques H2, les inhibiteurs de la pompe à protons représentent aujourd’hui un traitement de choix pour les maladies digestives acido-dépendantes, allant de simples brûlures d’estomac aux ulcères duodénaux. Ces médicaments ont aussi révolutionné la prise en charge du reflux gastro-œsophagien (RGO).

Salwa-NADIR Salwa NADIR

 

Depuis la mise sur le marché du premier inhibiteur de la pompe à protons (IPP) en 1988, l’efficacité de cette classe de médicaments a été largement démontrée et les IPP occupent aujourd’hui une place majeure dans le traitement de plusieurs pathologies liées à l’acidité gastrique. De par leur activité anti-sécrétoire gastrique, les IPP sont avant tout utilisés pour soigner le reflux gastro-œsophagien (RGO), compliqué ou non d’œsophagite. Leur prise permet l’atténuation, voire la disparition des symptômes et la cicatrisation d’éventuelles lésions de l’œsophage. Les IPP sont également indiqués dans la dyspepsie, dans la prise en charge de l’ulcère duodénal ou gastrique évolutif (cicatrisation et prévention des récidives) et favorisent l’action d’antibiotiques sensibles à l’acidité gastrique, notamment dans le traitement d’éradication de l’Helicobacter Pylori. Selon les dernières recommandations du groupe européen d’étude de l’Hélicobacter (Mastrisht IV), la prise d’IPP au long cours est d’ailleurs une indication à la recherche et au traitement de l’Hélicobacter Pylori car en cas de mise sous traitement prolongé par IPP, une accélération de l’extension de l’atrophie muqueuse fundique a été mise en évidence, et l’éradication de l’Hélicobacter Pylori diminue le risque de survenue d’atrophie gastrique lors du suivi.
Largement prescrits dans le traitement curatif et préventif des atteintes gastroduodénales dues à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez les patients à risque, ils représentent également le traitement de référence du syndrome de Zollinger-Ellison, maladie grave et rare, caractérisée par une hypersécrétion gastrique consécutive à une hypergastrinémie.

Mécanisme d’action
Le fonctionnement des IPP consiste à inhiber le système métabolique producteur d’acidité dans l’estomac, la pompe à protons. Cette protéine transmembranaire est en effet chargée de déplacer les protons (ion H+) de l’extérieur de la cellule gastrique vers l’intérieur. Combinés aux ions chlore (CL-), les protons forment l’acide chlorhydrique (HCL) sécrété par les cellules de la paroi de l’estomac, et provoquent par conséquent une diminution du PH. Cette acidification dans l’estomac est essentielle à l’activation de certaines protéines, notamment protéolytiques, qui permet une bonne décomposition des aliments nécessaire à la digestion. Toutefois, si les muqueuses gastriques se trouvent endommagées, si le patient présente un RGO, ou s’il est sécrété à l’excès, la production d’acide gastrique doit être régulée. En inhibant la source même de l’acide, les IPP permettent d’en réduire efficacement la sécrétion dès leur absorption par l’intestin grêle.

Formes orales ou injectables
Cinq molécules sont déjà sur le marché et se présentent le plus souvent sous forme de comprimés ou de gélules. Des formes injectables existent pour les cas où la voie orale est impossible. Les paramètres pharmacocinétiques de l’oméprazole, le lansoprazole, le pantoprazole, le rabéprazole et l’ésoméprazole, sont similaires. La résorption intestinale des IPP s’effectue en 3 à 6 heures, l’élimination s’opère par voie urinaire et biliaire et la durée d’action peut dépasser les 24 heures. Par conséquent, le patient ne nécessite généralement qu’une seule prise par jour, de préférence le matin ou le soir, selon l’indication avant le repas.

Contrôle médical nécessaire
Si certains IPP sont disponibles sans ordonnance, les spécialistes recommandent toutefois de les utiliser sous contrôle médical. Malgré l’innocuité des médicaments et la rareté des effets secondaires, ces traitements ne doivent pas être suivis sans précaution ni discernement. En réduisant considérablement la sécrétion d’acide gastrique, l’absorption du calcium par l’organisme diminue également ; le développement de bactéries intra-gastriques s’accroît et des troubles digestifs, tels que des épisodes de constipation ou de diarrhée, peuvent apparaître. La grossesse, l’allaitement, l’association avec l’atazanavir ou avec les topiques gastro-intestinaux, font partie des quelques contre-indications à l’utilisation des IPP. Toutefois, lorsque cela est nécessaire, les IPP peuvent être utilisés pendant la grossesse, mais toujours sous contrôle médical. L’avis et le suivi par un médecin doivent donc accompagner tout traitement, pour bénéficier de la puissante protection gastrique qu’offrent ces médicaments.

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