Contraception d’urgence ou pilule du lendemain

Contraception d’urgence ou pilule du lendemain 03 janvier 2018

Une option pour éviter une grossesse non désirée

La grossesse non désirée constitue pour la femme un drame que connaissent actuellement de nombreuses sociétés modernes. Plusieurs circonstances peuvent mener à une telle situation, telles que les échecs ou l'absence de contraception (couple en mariage ou hors mariage), le viol, l'inceste, la jeune fille arriérée mentale, la mineure, la femme en périménopause se croyant à l'abri d'une grossesse, les malformations fœtales graves et, enfin, certaines situations sociales dramatiques.

Doctinews N°105 Décembre 2017


Par le Pr Chafik Chraïbi

Gynécologue obstétricien-président fondateur de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin-AMLAC


 

L
a conséquence directe des grossesses non désirées est essentiellement l'avortement clandestin, secret de polichinelle qui se pratique quotidiennement sous nos cieux au vu et au su de tout le monde à raison de 600 à 800 par jour au mépris de toutes règles sanitaires, ce qui engendre des complications graves, parfois mortelles, contribuant à alourdir le taux de mortalité maternelle dans notre pays et à grever le budget de la santé.

Avortement médicalisé... ou non

Les femmes les plus aisées recourent à un avortement médicalisé (environ 600/jour), qui se pratique par des gynécologues, mais aussi des médecins généralistes, des chirurgiens ou même d'autres spécialistes car il est très lucratif (200 à 1 000 euros). Il est essentiellement réalisé dans des cabinets médicaux sans réelle asepsie, ni bonne anesthésie, ni bloc opératoire à proximité. Les autres, qui ne peuvent pas se permettre d'assumer ce coût, se dirigent vers l'avortement non médicalisé (environ 200/jour), pratiqué par des infirmières, sages-femmes (kablates), faiseuses d'anges, herboristes ou d'autres personnes. Le prix est moins élevé certes, mais les conditions dans lesquelles ce type d’avortement est réalisé engendrent des complications gravissimes voire mortelles (délabrements génitaux, infections, septicémie, tétanos, intoxications).

Autres conséquences

Les conséquences des grossesses non désirées ne se limitent pas aux seuls avortements : on assiste aussi à des suicides, des crimes d'honneur, et des jeunes filles sont expulsées du giron familial par leurs parents une fois la grossesse dévoilée. Une autre conséquence très inquiétante et qui prend de plus en plus d'importance ces dernières années est l'incarcération des médecins. Un médecin qui pratique l'avortement est un médecin en liberté provisoire. Encore plus grave est la situation des femmes ou des jeunes filles qui, par dépit, se résignent à poursuivre leur grossesse. On recense des dizaines de milliers d'enfants abandonnés, en plus de ceux qui sont jetés dans les poubelles, tués ou même vendus, et peut-être bien utilisés pour des trafics d'organes. Les rues et les orphelinats en sont la preuve, et constituent une lourde charge socio-économique pour notre pays.

Quelles solutions ?

Certes, il faut développer la prévention par l'éducation sexuelle (écoles, associations, parents) et la promotion des méthodes de contraception efficaces. Certes, il faut légaliser l’avortement quand la santé physique, mentale et sociale sont menacées. Mais il existe encore une autre solution de prévention : la pilule d’urgence.

La contraception d’urgence

Il s’agit d’une méthode contraceptive exceptionnelle qui permet d'éviter la survenue d'une grossesse non désirée après un rapport sexuel non ou mal protégé. l Lévonorgestrel (LNG) Norlevo® : un comprimé de 1,5 mg, par voie orale, en une seule prise, le plus tôt possible après le rapport et au plus 72 h après. l Lévonorgestrel 0,75 mg Postinor® : prise de 2 comprimés. l Œstroprogestatif (méthode de Yuzpe) : (lévonorgestrel 0,25 mg + éthinylestradiol 0,5 mg) : quatre comprimés. l L'insertion dans la cavité utérine d'un dispositif intra-utérin au cuivre (DIU-Cu), le plus tôt possible après le rapport non ou mal protégé et au plus tard, 120 heures (cinq jours). l La méthode de choix et la plus récente est l’Ulipristal acétate (UPA) Ellaone®, hormone antiprogestative (modulateur synthétique des récepteurs de la progestérone : un comprimé de 30 mg, par voie orale, en une seule prise, le plus tôt possible après le rapport et au plus tard, 120 heures (cinq jours).

Dans quelles situations prendre le contraceptif d'urgence ?

Le contraceptif d’urgence peut être pris après tout rapport sexuel non ou mal protégé ou en cas d'imprévu : l Si aucun moyen contraceptif n’est utilisé, ou en cas de rupture d’ un préservatif ou après oubli ou de vomissement de pilule (Afssaps, ANAES, décembre 2004 : *si retard de plus de 3 heures dans d’une pilule microprogestative ; *si retard de plus de 12 heures dans le cas d’une pilule œstro-progestative ou microprogestative type Cerazette®) ou en cas de retrait trop tardif dans la méthode du retrait ou encore en cas de viol.

Mode d’action

Le contraceptif d'urgence (VO) peut bloquer ou retarder l'ovulation et empêcher la fécondation ou l'implantation de l'œuf fécondé en induisant des modifications impropre à la nidation. Le mode d'action du DIU d’urgence est lié à la toxicité du cuivre sur les spermatozoïdes présents dans la cavité utérine ; cet effet empêche la fécondation de l'ovule libéré si une ovulation a eu lieu (effet préfertilisation). Le deuxième mécanisme d'action du DIU-Cu est post-fertilisation. Il s'agit d'une réaction inflammatoire au niveau de l'endomètre en réponse à la présence du DIU-Cu en contact avec cet endomètre qui devient inadapté à l'implantation de la grossesse. Il faut noter que la contraception d’urgence n’est pas abortive. Par ailleurs, les études montrent que l’ulipristal acetate (Ellaone®) est trois fois plus efficace que le levonorgestrel (Norlevo®) (voir illustrations ci-dessus).

Contre-indications

Les contre-indications concernent : l Les rares femmes allergiques à l'un des composants de la pilule ; l Les femmes à risque de grossesse extra-utérine ; l Les femmes qui présentent des antécédents de cancer du sein ou de thromboses artério-veineuse sont des contre-indications relatives en cas de prises répétées. l La prise répétitive plusieurs fois dans le mois ou dans l’année n’est pas conseillée. l En cas d’allaitement, il est conseillé de l’arrêter pendant sept jours après la prise de la pilule d’urgence.

Précautions

En cas de vomissements dans les trois premières heures suivant une prise d'une dose du contraceptif d'urgence, il est recommandé de reprendre immédiatement une nouvelle dose du médicament.

 Les règles surviennent en général à la date prévue ; dans certains cas, il apparaît des spottings ou des métrorragies qui peuvent persister jusqu'aux prochaines règles. 

Dans les cas où les règles ont plus de 7 jours de retard ou en cas de métrorragies, de douleurs abdominales ou de signes de grossesse, il est nécessaire de faire un test de grossesse et de consulter un médecin car une grossesse intra ou extra-utérine sont possibles. 

Après l’utilisation d’une contraception d’urgence, il est recommandé : - De reprendre sa méthode habituelle (pilule) en utilisant en plus des préservatifs pendant les 7 jours qui suivent la prise.

 En l’absence de contraception par pilule, il est conseillé d’utiliser des préservatifs jusqu’à la fin du cycle en cours et de consulter un médecin pour la prescription d’une contraception permanente.

Interactions médicamenteuses

La prise simultanée de médicaments tels que certains anticonvulsivants (primidone, phénytoïne, carbamazépine, phénobarbital) ou certains antibiotiques ( rifampicine, rifabutine, griséofulvine) peut diminuer ou annuler l’efficacité de cette contraception d’urgence.

A retenir

 La contraception d'urgence est une bouée de sauvetage qui ne doit être utilisée que de façon exceptionnelle. l Elle est réservée aux situations d'urgence et de détresse caractérisée. l L’ullipristal acetate et le DIU restent les méthodes les plus efficaces et pouvant être utilisées jusqu’à cinq jours après le rapport. l La contraception d’urgence ne permet pas d'éviter une grossesse dans tous les cas (le risque d’échec existe). l Elle ne peut pas remplacer une contraception régulière afin d’éviter une grossesse non désirée et ses conséquences désastreuses.

 

 

 

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