Syndrome de l’intestin irritable

Syndrome de l’intestin irritable 27 juin 2018

Une pathologie complexe et multifactorielle

Le syndrome de l’intestin irritable est un trouble fonctionnel digestif caractérisé par des douleurs abdominales chroniques et des troubles du transit. Il peut entrainer de nombreuses complications, notamment une fatigue chronique et une anxiété, voire parfois une dépression, et altérer ainsi considérablement la qualité de vie du patient.

Doctinews N°111  Juin  2018


   Avec la collaboration du Dr Mohamed Amine

  Gastroentérologue et proctologue -Casablanca


  

selon les critères Rome III, un syndrome du côlon irritable n'est établi qu'en présence d'une douleur ou d'un inconfort abdominal perdurant au moins 12 semaines sur les 12 derniers mois écoulés (les 12 semaines de douleur n'ont pas à être consécutives). Cette douleur doit correspondre à au moins deux des trois critères suivants : l Être soulagée au moment de la défécation. l Être associée à un changement dans la fréquence de la défécation (définie par une fréquence supérieure à 3 fois par jours, ou inférieure à 3 fois par semaines). l Être associée à un changement anormal de la consistance des selles (trop solides ou trop molles). Les personnes qui en sont affectées peuvent ainsi présenter des douleurs abdominales chroniques, une diarrhée ou une constipation (parfois une alternance des deux), des ballonnements et des flatulences et une sensation d’évacuation incomplète des selles. Des études scientifiques ont également établi un lien entre le syndrome de l’intestin irritable et la survenue de la dépression ou des troubles anxieux. Ainsi, une étude publiée en 2014 a révélé que 38 % des patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable présentent une dépression et 32 % souffrent d'anxiété (1). D’autres symptômes peuvent être observés, notamment des maux de tête, des brûlures d’estomac, du mucus dans les selles, des douleurs au bas du dos et une douleur pelvienne chronique.

Le microbiote impliqué

La physiopathologie du syndrome de l’intestin irritable est complexe et multifactorielle. Outre les facteurs centraux (notamment l’hypersensibilité viscérale et les anomalies de contrôle de la douleur au niveau médullaire ou cortical) et les facteurs psychosociaux, les spécialistes pensent que des facteurs dits « périphériques » tels que les micro-inflammations avec perméabilité intestinale anormale et les troubles de la motricité digestive pourraient jouer un rôle dans le déclenchement de la maladie et la persistance des symptômes. La recherche a également montré que le microbiote intestinal serait impliqué dans cette maladie. Les connaissances sur cet « organe » et son rôle dans l’organisme ont sensiblement évolué depuis quelques années grâce aux nombreux travaux scientifiques qui y ont été consacrés. Ils ont notamment montré que les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable présentent un déséquilibre au niveau des bactéries présentes naturellement dans le microbiote intestinal et une pullulation bactérienne excessive qui atteint parfois l’iléon, voire même le jéjunum. Ces dysfonctionnements seraient à l’origine de troubles moteurs de l’intestin, entraineraient un ralentissement du transit et une modification de la barrière intestinale et favoriseraient l’apparition d’une inflammation légère et une hypersensibilité de la muqueuse. A cause de ces troubles, certains phénomènes normaux tels que les mouvements de gaz intestinaux deviennent douloureux.

Modifier la composition

du microbiote L’implication du microbiote dans le syndrome de l’intestin irritable a par ailleurs été suggérée par l’existence de formes post-infectieuses apparaissant suite à une gastroentérite, par des modifications des symptômes de la maladie suite à une prise d’antibiotiques et par des études moléculaires, utilisant notamment les techniques d’ARN16s, qui ont révélé des différences de composition du microbiote entre les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable et les sujets sains. Ainsi, le fait de modifier le microbiote intestinal permettrait d’agir directement sur la maladie. Il existe plusieurs approches qui permettent de modifier la composition du microbiote. Le régime FODMAPs, un régime développé par des nutritionnistes australiens basé sur la réduction des hydrates de carbone, est associé à une amélioration variable de certains symptômes du syndrome de l’intestin irritable, notamment les flatulences et les douleurs abdominales (2). Ce régime est toutefois difficile à suivre au long cours du fait des nombreuses restrictions qu’il impose.

La voie des probiotiques

Une autre approche consiste à administrer aux patients des probiotiques. Ces micro-organismes vivants (présents naturellement dans certains aliments et disponibles sous forme de compléments alimentaires ou de médicaments) permettent d’agir sur le microbiote et de soulager les symptômes de la maladie. Certains probiotiques ont montré un effet anti-inflammatoire dans des études menées chez l’homme. C’est le cas notamment du Bifidobacterium infantis 35624 qui stimule les cellules dendritiques, induit une expression de Foxp3 dans LT CD4 et favorise la sécrétion d’IL 10 par cellules mononuclées du sang périphérique ce qui réduit la micro-inflammation intestinale (3). Toutefois, toutes les souches des probiotiques ne se valent pas. Il n’est donc pas possible d’extrapoler l’efficacité d’une souche ou d’une association de souches prouvée par une étude à un probiotique différent. Par ailleurs, il n’existe pas actuellement d’études au long cours concernant l’efficacité de ces produits.

Des approches prometteuses

Il n’existe aujourd’hui aucun traitement curatif du syndrome de l’intestin irritable. Ainsi, le médecin généraliste et le gastroentérologue prescrivent les médicaments en fonction de la symptomatologie. Il s’agit le plus souvent d’antispasmodiques, d’anti-diarrhéiques et de laxatifs qui permettent d’agir sur les symptômes les plus incommodants. Des études ont montré que l’activité physique et une prise en charge psychologique réduisent également les symptômes de la maladie (4) (5). Des antibiotiques non absorbables tels que la rifaximine ont montré une certaine efficacité dans les formes du syndrome de l’intestin irritable sans constipation (6). La transplantation fécale est une autre approche thérapeutique innovante dont les résultats sont encourageants. Elle consiste à restaurer la flore intestinale du patient en y introduisant un échantillon vivant de flore bactérienne issue d’un donneur sain. Une étude a montré une diminution significative du score de sévérité chez les patients souffrant des formes modérées à sévères de la maladie qui ont reçu des selles fraiches ou congelées par coloscopie (7). L’efficacité de cette nouvelle approche devrait être confirmée par d’autres études de plus grande envergure qui permettraient également de déterminer les facteurs prédictifs du succès de la transplantation fécale.

 

Références

1- Shah E, et al. Ann Gastroenterol 2014;27:224-30. 2- A diet low in FODMAPs reduces symptoms of irritable bowel syndrome. Halmos EP, Power VA, Shepherd SJ, et al. Gastroenterology 2014 ; 146 :67-75.e5. 3- Konieczna P, et al. Gut Microbiota 2012;61:354-66 4- Johannesson E, Simren M, Strid H et al. Physical activity improves symptoms in irritable bowel syndrome: a randomized controlled trial [archive], Am J Gastroenterol, 2011;106:915-22. 5- Lackner JM, Mesmer C, Morley S, Dowzer C, Hamilton S, « Psychological treatments for irritable bowel syndrome: a systematic review and meta-analysis » [archive] J Consult Clin Psychol. 2004;72:1100-13. 6- Pimentel L Lembo A, Chey WD, et al. Rifaximin therapy for patients with irritable bowel syndrome without constipation. N Engl J Med 2011 ; 364 : 22-32. 7- Johnsen PH Hilpüsch F, Cavanagh JP, et al. Faecal microbiota trasplantation versus placebo for moderate-to-severe irritable bowel syndrome : d double-blind, randomised, plecebo controlled, parallel-group, single-centre trial. Lancet Gastroenterol Hepatol 2018 ; 3 : 17-24.

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