Produits sanguins labiles

Produits sanguins labiles 25 juillet 2018

 Dons, qualification et usage thérapeutique

Les produits sanguins labiles (PSL) constituent l’ensemble des dérivés thérapeutiques obtenus à partir du don du sang ou d’aphérèse, collectés, préparés et conservés dans les établissements de transfusion sanguine. Chacun de ses dérivés est le résultat de la séparation de constituant du sang par des procédés physiques. Ils sont définis règlementairement et doivent répondre à des normes de qualité.

 Doctinews N°112 Juillet-Août 2018


  Par le Pr Chadia Ouazzani

 Laboratoire de Biochimie Biologie Moléculaire - Faculté de Médecine et de Pharmacie Rabat.


  

e sang total est prélevé aseptiquement chez un donneur unique additionné d’une solution anticoagulante et contenu dans une poche en matière plastique. Les tubes de collecte sont analysés au laboratoire de qualification biologique de don (QBD). Les produits prélevés chez les donneurs de sang sont ensuite traités par le service de préparation afin d’augmenter la sécurité transfusionnelle des produits sanguins labiles avant leur transfusion. Le traitement effectué par le service de préparation dépend du produit prélevé. Il existe deux modes de prélèvements et de préparation : le don du sang total et l’aphérèse qui consiste en la récupération spécifique d’une fraction de sang.

Produits stables ou labiles

Les produits sanguins peuvent être stables ou labiles. Ils sont dits stables lorsqu’ils sont obtenus à partir de pools de donneurs (albumine, facteurs de coagulation, immunoglobulines). Ils sont uniquement issus du plasma et présentent une conservation de longue durée. Le terme labile signifie que le produit est obtenu à partir d’un seul donneur, d’une durée d’utilisation limitée et dans des conditions de conservation particulières. Les méthodes de préparation des PSL comprennent différents procédés : centrifugation, séparation pesée, clampage, congélation, filtration pour déleucocytation, déplasmatisation et poolage des produits.

Sang total

Afin de garantir la sécurité des malades, le sang total est déleucocyté. Le principe consiste à réduire le nombre de leucocytes résiduels dans les PS par filtration ou par centrifugation sur séparateur de cellules. Cette déleucocytation bloque exclusivement les globules blancs et permet la prévention de l’allo-immunisation HLA (la présence d’un anti-HLA conduit à une inefficacité transfusionnelle plaquettaire et à des réactions de frissons/hyperthermie), la prévention de la transmission de virus intra-leucocytaires comme le CMV (Cytomégalovirus), l’EBV (virus Epstein-Barr) et l’HTLV (human T cell leukemia/lymphoma virus) et la prévention du risque d’infection bactérienne (yersinia enterocolitica). Ce procédé permet également l’amélioration de la conservation des PSL. Le sang total provenant des dons du sang est par ailleurs divisé selon ses constituants (globules rouges plaquettes et plasma) pour fournir au receveur seulement le produit nécessaire à son traitement sans y apporter les autres constituants du sang, ce qui réduit ainsi les effets indésirables chez les patients.

Plasma frais congelé (PFC) :

Il s’agit d’un plasma provenant d’un seul donneur obtenu à partir d’une unité de sang par centrifugation et mis à congeler. Le PFC est indiqué dans les hémorragies aigües entrainant un déficit global en facteurs de coagulation, la coagulopathie avec effondrement des facteurs de coagulation.

Concentré de globules rouges (CGR) :

Il s’agit d’une suspension de globules rouges obtenue par centrifugation du sang total, soustraction du plasma et déleucocytation. Les globules rouges sont alors dits homologues. Un CGR provient d’un seul donneur de sang total prélevé sur CPD (citrate-phosphate-dextrose). Les CGR sont indiqués dans toutes les anémies importantes d’origine médicale, chirurgicale ou obstétricale lorsque la restitution de la capacité de transport de l’oxygène s’avère cliniquement et biologiquement nécessaire.

Concentré de plaquettes (CP) :

Le concentré de plaquettes d’aphérèse déleucocytés (CPA) est une suspension de plaquettes obtenue par aphérèse à l’aide d’un séparateur de cellules à partir du sang veineux d’un donneur (jugé apte médicalement) auquel sont restitués les éléments non destinés à l'usage thérapeutique. Le CP est indiqué dans le syndrome hémorragique par thrombopénie < 50g/l et par thrombopathie.

Les dons du sang

Au Maroc, le pourcentage de donneurs âgés entre 21 et 30 ans est de 34 %, suivi de la tranche comprise entre 31 et 40 ans (19 %) (PFE 2017). Le nombre de donneurs masculins est supérieur à celui des donneurs féminins (R= 1,4). Le nombre de donneurs a été stable durant les années 2013 à 2015, mais il diminue durant les mois de vacances (PFE 2017). En France (2005), le nombre de donneurs féminins est presque équivalent à celui des hommes dans une tranche variant de 18 à 65 ans. En Afrique subsaharienne, la différence entre hommes et femmes est plus importante (sexe ratio de 4,93 en République du Congo par exemple) et le don est familial ou occasionnel (Kakisingi 2016). L’étude menée par K. Dihdah (2007) sur l’incidence des complications du don du sang au Maroc (pendant et immédiatement après le don) montre une incidence moins élevée par rapport à celles rapportées par d’autres études.

Les besoins

Les Marocains ne présentent pas de culture de don de sang volontaire et régulière et le besoin est bel et bien réel (Pr H Boudali 2016). Moins de 1 % des Marocains sont bénévoles dans le don du sang. Le pays est en situation d’alerte avec un grand décalage entre l’offre et la demande. Les CNTS présentent une pénurie de sang dans plusieurs antennes des plus grandes villes du Maroc et les réserves nationales ne couvrent que 5 jours des besoins des hôpitaux. Il existe plusieurs contraintes au niveau des structures d’accueil liées à l’organisation, à la collecte de sang au niveau des hôpitaux, au manque de matériel et de personnel. Avec ces moyens inefficaces, il faut une demi-journée pour effectuer un don, ce qui rend les donneurs potentiels hésitants. Or, les donneurs de sang sont essentiels pour couvrir les besoins des malades en urgence, les patients atteints d’insuffisance rénale et de cancer du sang.

Comment optimiser ?

A l’instar des autres pays, le Maroc dispose d’un système transfusionnel en pleine évolution. Il revient à tous les décideurs administratifs et économico-financiers d’établir des structures d’accueil avec un équipement moderne, des moyens humains et financiers et une organisation optimale pour accroitre les capacités des centres de transfusion sanguine. Afin de surmonter le faible pourcentage de donneurs au Maroc, il faudrait par ailleurs œuvrer à changer les mentalités et impliquer davantage les citoyens indifférents dans le processus à travers les campagnes de sensibilisation de proximité. A noter que le faible taux de la prévalence des marqueurs viraux montre l’amélioration des mesures préventives pour la sélection des donneurs et des tests de dépistage, ce qui constitue un point positif. Le bon choix des donneurs par le médecin permet en effet de réduire l’incidence des complications.

Références

- H. Boudali 2016 juillet CEST. Président de l’association des donneurs de sang - Marrakech.
- K. Dhidah et Benchemssi (2007) - Les complications des dons du sang au Maroc pendant et immédiatement après le don. Transfusion clinique et biologique 14 -440-445.
- Kakisingi, C. N., et al. (2016). « Profil épidémiologique et séroprévalence des donneurs de sang aux cliniques universitaires de Lubumbashi, République Démocratique du Congo. » Pan African Medical Journal 23(1).
- Neelam Dhingra - OMS Département Technologies essentielles de la santé - PFE 2017. Zouini Mohamed - Méthodes de préparation des produits sanguins labiles - Faculté des Sciences Rabat.

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