Association Marocaine de Lutte contre la Rage

Association Marocaine de Lutte contre la Rage 26 septembre 2018

Eliminer la rage humaine au Maroc

Fondée en 2015, l’Association marocaine de lutte contre la rage (AMLR) s’est fixée comme principal objectif de contribuer à la lutte contre la rage au Maroc à travers différentes initiatives pour compléter l’action gouvernementale en vue d’éliminer cette pathologie à l’horizon 2030.

 

Doctinews N°113 Septembre 2018

Avec la collaboration du Pr Naima ElMdaghri

 Présidente de l’AMLR


Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus de la rage tue chaque année environ 59 000 personnes dans le monde. La plupart de ces décès surviennent en Afrique et en Asie, principalement parmi les populations mal desservies. Cette affection est transmise à l’homme, dans une proportion allant jusqu’à 99 % des cas, par le chien.

Une fréquence élevée

Au Maroc, la rage tue encore chaque année plusieurs personnes et le nombre de cas de rage humaine reste relativement élevé en comparaison avec d’autres pays de la région. Selon les dernières données des ministères de la Santé et de l’Agriculture, une moyenne de 21 cas par an de rage humaine et de 342 cas de rage animale a été enregistrée au cours de la période 2000-2017. Environ 94 % des cas déclarés chez l’homme ont été causés par des morsures de chiens. « Les causes de la persistance de la rage sont multiples, les principales étant l’insuffisance du taux de couverture vaccinale des chiens et le non recours à la vaccination par la population après une morsure par un animal, soit par négligence, soit par difficulté d’accès aux centres antirabiques particulièrement en milieu rural où la maladie est plus présente », explique M. Abdelaziz Barkia, secrétaire général de l’AMLR. Pourtant, l’élimination de la maladie est possible et, en 2015, l’OMS, l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale), la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’Alliance mondiale pour le contrôle de la rage (GARC) se sont fixées comme objectif d’adopter une stratégie commune pour ramener à zéro le nombre de décès humains dus à la rage d’ici 2030.

Des actions variées

C’est dans ce contexte que l’AMLR a été créée en 2015. Son objectif premier est de contribuer, avec les autres acteurs, au renforcement de la lutte contre la rage au Maroc dans la perspective de l’éliminer. L’association collabore avec les autorités publiques pour l’élaboration de stratégies qui sont de nature à améliorer la prévention et le contrôle de la rage. « Notre objectif consiste également à initier des activités de recherche sur le terrain, à organiser des campagnes de sensibilisation sur la prévention et à participer et/ou à organiser, en collaboration avec les autorités compétentes, des campagnes de prophylaxie sanitaire et médicale et ce dans le cadre de la réglementation en vigueur », indique le Pr Naima ElMdaghri, présidente de l’AMLR et ex-directrice de l’Institut Pasteur du Maroc. Par ailleurs, l’AMLR organise des manifestations scientifiques sur la rage (ateliers, séminaires, congrès, sessions de formation, forums…) telles que les deux derniers forums nationaux sur la rage, préparés en collaboration avec les Départements de la Santé, de l’Agriculture et des collectivités locales avec l’appui de Sanofi Pasteur.

Un didacticiel pratique

Consciente du rôle majeur de la sensibilisation dans le renforcement de la lutte contre la rage, l’association a initié depuis sa création plusieurs actions visant aussi bien le grand public que les professionnels de santé. Ainsi, un didacticiel d’auto formation sur la rage a été élaboré avec l’appui technique d’un bureau spécialisé et financé par le Réseau international des Instituts Pasteur et Sanofi Pasteur. Cet outil de formation présente notamment les moyens permettant de prévenir la rage, la prise en charge des personnes mordues ainsi que le contexte général et réglementaire de la lutte contre la rage au Maroc. « Le didacticiel a nécessité plusieurs mois de travail. A travers cet outil, nous voulions mettre à la disposition de tous les acteurs impliqués dans la lutte contre la rage, et particulièrement des professionnels de santé, un outil d’autoformation didactique sur tous les gestes de base pour une prise en charge optimale des personnes exposées », explique le Pr ElMdaghri. Ce didacticiel a été mis à la disposition des trois principaux départements concernés, à savoir le ministère de la Santé, le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Intérieur sous forme de clé USB et peut être consulté et téléchargé gratuitement depuis le site web de l’Institut Pasteur du Maroc (www.pasteur.ma). Il a été présenté lors du 2e Forum national sur la rage en présence de plus de 70 acteurs de la lutte contre la rage, issus de différents secteurs, dont des responsables des bureaux communaux d’hygiène.

Vacciner 70% des chiens à propriétaires

Selon le Pr ElMdaghri, le renforcement de la lutte contre la rage passe essentiellement par le contrôle de la rage canine. Pour cela, il est nécessaire de commencer par recenser la population canine et de renforcer l’organisation des campagnes de vaccination des chiens dans la perspective d’assurer une couverture vaccinale d’au moins 70 % des chiens à propriétaires, tel que le recommande l’OMS. « Les campagnes d’abattage massif des chiens errants ont démontré leur limite. En plus d’être inhumaines, elles sont inefficaces. La vraie solution au problème de la rage canine consiste à vacciner, déparasiter et stériliser les chiens errants afin, d’une part, de maitriser leur nombre et, d’autre part, de réduire le risque de transmission du virus. Il est aussi très important de sensibiliser davantage les responsables des communes à l’intérêt de l’application rigoureuse des normes d’hygiène et de salubrité dans les abattoirs et les décharges publiques afin de limiter la prolifération des chiens errants. Il faut aussi implémenter la vaccination orale pour les chiens inaccessibles en tant que complément à la vaccination parentérale », assure-t-elle.

Un protocole de traitement précis

Le renforcement de la lutte contre la rage passe aussi par la sensibilisation de la population aux risques liés au non traitement des personnes ayant été exposées à un animal suspect. A ce propos, le Pr ElMdaghri insiste particulièrement sur l’importance de se présenter au centre antirabique le plus proche dès le contact avec l’animal mordeur pour recevoir le traitement post-exposition. « Par ailleurs, le lavage de la plaie juste après le contact avec l’animal revêt une importance capitale dans la prévention de la rage. La personne doit ainsi laver la plaie pendant 15 minutes avec de l’eau et du savon avant de se présenter au centre antirabique le plus proche pour recevoir les traitements adéquats. Si la personne a été léchée par l’animal, le médecin administrera uniquement le vaccin antirabique selon un protocole précis : deux injections le premier jour, une injection au 7e jour et la quatrième au 21e jour. Par contre, si la personne présente une griffure ou une morsure profonde, le médecin injectera, en plus du vaccin antirabique, les sérums antirabique et antitétanique », souligne la spécialiste.

Trois questions au Pr Naima ElMdaghri

présidente de l’Association marocaine de lutte contre la rage

Quel est le rôle de l’Institut Pasteur dans la lutte contre la rage ?

L’Institut Pasteur joue un rôle de premier plan dans l’amélioration des connaissances sur le virus rabique. Dans le cadre de sa mission de santé publique, il héberge un centre antirabique de référence pour la ville de Casablanca et dispose de l’unique laboratoire spécialisé au Maroc qui réalise le diagnostic de la rage humaine. L’Institut Pasteur remplit aussi un rôle de sensibilisation et de formation des professionnels de santé. Outre ces missions, il prend en charge l’approvisionnement de tous les centres antirabiques du Royaume en vaccins et sérums antirabiques, produits dont il est titulaire de l’autorisation au Maroc.

Pensez-vous que la population, surtout rurale, soit suffisamment sensibilisée aux risques liés à la rage ?

Oui, elle l’est. Par contre, elle n’est pas suffisamment sensibilisée aux risques liés au non respect du traitement médical de la rage humaine au niveau des centres antirabiques. Bon nombre de personnes continuent malheureusement de recourir aux services de charlatans ou utilisent des produits à base notamment de plantes censés les protéger de la rage. Il est donc très important de sensibiliser la population à travers les médias aux risques liés à ces pratiques.

Le vaccin antirabique est-il disponible dans toutes les régions du Royaume ?

Il y a plus de 300 centres antirabiques à travers le Royaume régulièrement approvisionnés et ce sont les communes qui sont chargées d’assurer les achats des vaccins et sérums anti rabiques. Donc, le problème de la disponibilité du vaccin ne se pose pas du tout. Ce sont par contre les conditions de conservation de ces produits qui posent parfois problème car elles peuvent altérer leur efficacité. Il faut donc veiller à améliorer la maitrise de ces conditions et renforcer le respect de la chaine de froid pour garantir l’efficacité des vaccins et sérums destinés au traitement des citoyens.

 

 

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