Dr Najib AMGHAR

Dr Najib AMGHAR 12 juillet 2018

  Président du Syndicat des néphrologues privés du Maroc

Afin de répondre aux attentes spécifiques des néphrologues issus du secteur privé, un tout nouveau syndicat a vu le jour. Il s'agit du Syndicat des néphrologues privés du Maroc, présidé par le Dr Najib Amghar. Explications.

 

 Doctinews N°112 Juillet 2018

Dr Najib AMGHAR

Président du Syndicat des néphrologues privés du Maroc


 Doctinews.  Vous êtes le président d’un tout nouveau syndicat, le Syndicat des néphrologues privés du Maroc (SNPM). Pourquoi les néphrologues ont-ils choisi de se regrouper autour d’un syndicat ?

 Dr Najib AMGHAR.  La création du syndicat est effectivement très récente puisque nous avons tenu notre première assemblée générale le 11 mars dernier. Toutefois, la décision de créer un syndicat est plus ancienne. Nous avons entamé les premières démarches voilà plus d’un an, mais la procédure de création d’un syndicat est longue au Maroc. La décision a été mûrement réfléchie et s’est imposée comme un choix incontournable afin de répondre aux attentes des néphrologues du secteur privé du Maroc. En effet, jusque là, les intérêts des néphrologues étaient gérés par l’Association des néphrologues du Maroc (ANM), dont j’ai été membre du bureau pendant plus de dix ans et à qui nous rendons d’ailleurs hommage. Le SNPM est en quelque sorte une continuité de l’association avec des pouvoirs plus importants puisqu’il s’agit d’un syndicat. Il concentre son action uniquement en direction des néphrologues privés. A ce jour, nous sommes la seule spécialité à être représentée par un syndicat dans le secteur médical. L’association, quant à elle, poursuit son activité en direction des professionnels issus des quatre secteurs public, privé, universitaire et militaire.

Quelle place occupe le secteur privé actuellement ?

Le secteur compte plus de 220 néphrologues privés sur un total de quelque 460 professionnels tous secteurs confondus. Ces néphrologues privés exercent dans près de 170 à 180 centres de dialyse. Ils prennent en charge environ 18 000 patients sous dialyse, ce qui représente 65 % de l’ensemble des patients dialysés au Maroc, soit 27 000 au total. Parmi ces 18 000 patients, 15 000 bénéficient d’une couverture médicale et 3 000 sont des patients ramédistes pris en charge dans le cadre du Partenariat Public Privé (PPP).

Combien d’adhérents comptez-vous actuellement ?

Après à peine deux mois d’existence officielle, nous avons un taux d’adhésion qui dépasse 85 % et les demandes d’adhésion ne cessent d’affluer, reconnaissant la pertinence de notre mouvement.

Partant du principe qu’un syndicat a des revendications, quelles sont celles du SNPM ?

Nous n’avons pas créé un syndicat dans un esprit de revendication pure et dure. Je précise que notre syndicat est apolitique et indépendant. Nous nous inscrivons dans une démarche d’accompagnement -nous avons par exemple inscrit dans nos statuts notre ambition d’accompagner les jeunes néphrologues dans leur installation- et de complémentarité avec les sociétés savantes. Notre objectif vise à réformer le secteur. En défendant les intérêts des néphrologues privés, nous défendrons la néphrologie en tant que spécialité et, partant de là, les intérêts des patients. Nous avons deux grandes revendications : la dignité et l’honneur du médecin et du malade. A ce jour, nous avons sollicité le ministre de la Santé afin d’organiser une réunion de travail et nous lui avons adressé nos doléances parmi lesquelles figure la révision de la convention du Partenariat Public Privé.

Pouvez-vous être plus précis ?

Les néphrologues du secteur privé, représentés par l’ANM dont j’étais le secrétaire général à cette époque, ont signé une convention de partenariat avec le ministère de la Santé en 2009 afin de prendre en charge les patients démunis sans couverture sociale et inscrits sur liste d’attente auprès des hôpitaux publics. A ce moment-là, à peine la moitié de la population bénéficiait d’une couverture sociale et le nombre de décès de patients en insuffisance rénale était similaire à celui des décès par accident de la voie publique. La pression politique, sociale et médiatique était importante et les néphrologues ont accepté de faire des sacrifices à travers cette convention considérant qu’il s’agissait d’un devoir citoyen de permettre à tous les patients d’être pris en charge. Nous avons renoncé à nos honoraires avec un forfait inférieur à la tarification nationale de référence. Il s’agissait de trouver rapidement une solution dans le cadre d’une convention dont le cadre juridique devait être revu au bout de deux à trois ans. En effet, cette convention fonctionne sous la forme d’un appel d’offres de soins ce qui est en opposition avec la déontologie et la loi qui gère la profession médicale qui stipulent que la médecine n’est pas un commerce.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Pour répondre à ses obligations et permettre aux patients de bénéficier de nos prestations, le ministère de la Santé doit lancer un appel d’offres. Pour soumissionner et percevoir une rémunération, les néphrologues ont donc constitué un groupement par ville. Cette configuration sous-entend que le ministère achète des services de dialyse aux néphrologues qui les vendent. Or, il ne s’agit pas d’une marchandise. Il s’agit d’une prise en charge avec, en retour, des honoraires. Je le répète, le médecin n’est pas un commerçant. D’ailleurs, la Cour des comptes a rédigé un rapport accablant à ce sujet. Pour le juriste en effet, la procédure applicable aux appels d’offres est celle du décret des marchés publics à laquelle le néphrologue doit se soumettre (ex: ne pas travailler les jours fériés et chômés) et qui est en contradiction avec la loi relative à l’exercice de la médecine qui autorise le médecin, et heureusement pour les patients, à travailler les jours chômés ! Il est donc indispensable de procéder à la révision de cette convention en supprimant l’appel d’offres et en permettant au patient de recevoir un traitement normal dans le cadre d’un vrai partenariat de soins.

Que voulez-vous dire par traitement normal ?

En se référant aux recommandations marocaines de prise en charge de l’insuffisance rénale chronique et dans le cadre de l’Affection longue durée, un patient doit bénéficier d’un traitement par dialyse de 12 heures par semaine, ce qui représente 3 séances de 4 heures, excepté en cas de contre-indications médicales. Actuellement, le ministère de la Santé dispose d’un portefeuille qui doit être réparti pour l’ensemble des patients. En conséquence, il octroie un forfait de 10 séances mensuelles par patient, ce qui correspond à un sous traitement. Ces patients doivent être traités de la même manière que les autres patients qui relèvent d’autres organismes payeurs. Au final, ils le sont car, en tant que médecins, nous ne faisons pas de différences entre nos patients et nous pratiquons 13 séances ou plus si besoin. Mais là encore, il s’agit d’un effort de la part du néphrologue. De plus, à partir du moment où le ministère accepte de prendre en charge un traitement, il doit trouver les moyens de gérer l’ensemble de la prise en charge, c'est-à-dire permettre aux patients d’effectuer les bilans trimestriels requis dans le cadre du Ramed, d'être hospitalisés quand celà est nécessaire et de bénéficier des thérapeutiques comme l’érythropoïétine en cas de besoin. Au final, un patient correctement dialysé présente moins de complications. Le recours à l’érythropoïétine diminue tout comme les besoins en hospitalisation, ce qui réduit considérablement le cout de la prise en charge. Donc, en prônant une juste tarification, l’organisme payeur est gagnant et les patients sont correctement traités.

Quels sont les autres termes de ce partenariat que vous souhaitez faire évoluer ?

Le partenariat public-privé est une formule qui porte ses fruits dans des pays comme la Belgique, le Canada ou encore l’Australie par exemple. Elle est très bénéfique pour les deux parties. Ainsi, s’il existe déjà un centre d’hémodialyse du secteur libéral par exemple à Tinghrir, le ministère réalise des économies en faisant appel à ses services puisqu’il n’a pas à gérer de frais de structure, de ressources humaines… Le centre privé qui investit de son côté augmente le nombre de ses patients. Mais, comme cela est la règle dans tout partenariat, il faut inclure une clause de transfert de risque. En effet, si la convention cesse, que devient le centre privé qui a réalisé un investissement conséquent pour prendre en charge l’ensemble des patients ? Pour le ministère de la Santé, le risque a été calculé car une clause stipule que nous n’avons pas l’exclusivité. Par ailleurs, si la convention prend fin, les néphrologues ont l’obligation de continuer à traiter les patients gratuitement pendant une durée de trois mois. Ces termes ne correspondent pas à un vrai partenariat, celui auquel nous aspirons. Nous avons signé la convention dans l’urgence pour sauver des patients, nous avons respecté nos engagements, un comité de suivi qui ne s’est jamais réuni devait être mis en place. Il est temps maintenant d’aller de l’avant. Le bilan est très positif sur le plan social et humain avec actuellement 3 000 personnes qui bénéficient d’une dialyse dans le cadre de ce partenariat. Nous ne souhaitons pas rétrécir le champ de cette action. Au contraire, nous proposons notre expertise dans une démarche d’amélioration.

En dehors du partenariat public-privé, quelles sont les autres demandes que vous avez formulées ?

Plus globalement, nous demandons à être associés aux grandes décisions nous concernant. Nous demandons à participer à la préparation des projets de lois et arrêtés en tant que syndicat représentant la profession. Pour les partenaires, il est toujours préférable d’être face à un interlocuteur plutôt qu’à des centaines de néphrologues. Les échanges et le suivi en sont facilités ce qui a été d’ailleurs le cas avec la Direction générale des impôts. Nous avons rencontré son directeur qui préfère s’adresser à un seul interlocuteur par l’intermédiaire du syndicat plutôt qu’à chaque centre de dialyse. Nous avons présenté nos demandes comme l’exonération de taxes sur certains équipements ou encore la révision du mode de calcul des impôts basé aujourd’hui sur un forfait et non pas sur les honoraires. Nous lui avons expliqué la spécificité du travail du néphrologue et il a proposé de former une commission commune pour élaborer des propositions. De notre côté, nous sommes conscients qu’il existe certains points d’insuffisance notamment dans les modalités de déclaration qui ont évolué, et nous allons organiser des séminaires de formation auprès des néphrologues sur ces questions.

Nous avons beaucoup parlé de la dialyse. Est-ce la principale activité du néphrologue au Maroc ?

L’insuffisance rénale chronique (IRC) est devenue une épidémie mondiale et le Maroc n’est pas épargné car les deux principaux facteurs de risques sont le diabète et l’hypertension artérielle responsables de 60 à 70 % des cas d’IRC. Dans ce contexte, le nombre de patients sous dialyse risque d’augmenter alors qu’actuellement 90 % des efforts du néphrologue vont déjà en direction de la dialyse. La dialyse peut être considérée comme un échec au niveau du volet de la prévention. Elle témoigne en effet d’une défaillance soit au niveau de l’arsenal thérapeutique, soit au niveau du patient. A ce stade, le rôle du néphrologue, tel qu’il devrait être, est important car il intervient au niveau de la prévention, du dépistage, du diagnostic et, en fin de parcours, du traitement (dialyse ou greffe rénale). C’est la raison pour laquelle nous demandons à être associés, à participer aux volets préventif et dépistage. Il faut mettre en place des campagnes de dépistage de la protéinurie et de l’hématurie par bandelette urinaire, la mesure de la tension artérielle et la radio de l’abdomen sans préparation à la recherche de lithiases à l’échelle de l’ensemble du territoire dans le cadre d’un vrai partenariat. Cet aspect du rôle du néphrologue est négligé et ne contribue pas à donner une image positive du médecin trop souvent considéré comme étant un praticien à la recherche de la rentabilité.

Vous avez donc du travail en perspective…

Nous sommes conscients de certaines insuffisances et nous sommes dans une démarche d’amélioration. Il faut maintenant que le système fasse appel à nous dans le cadre des grandes réformes et des grandes décisions. Prenons un dernier exemple, celui de la loi 131-13 relative à l’exercice de la médecine qui permet aux médecins étrangers et au non médecins d’ouvrir un centre de dialyse. Si rien n’est fait, si de grandes firmes s’installent avec du matériel à moindre coût, certains centres ne pourront pas survivre. Il semble nécessaire de modifier certains arrêtés et de travailler en partenariat avec les représentants concernés. C’est seulement ensemble que nous pourrons avancer.

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