Dr Mostafa Elmcherqui

Dr Mostafa Elmcherqui 23 janvier 2019

 Chirurgien urologue, Président de l’Association marocaine d’urologie.

L'urologie est une spécialité qui a connu d'importantes évolutions au cours de ces dernières années avec le développement de la technologie et d'instruments de plus en plus souples. Président de l'Association marocaine d'urologie, le Dr Mostafa ElMcherqui fait le point sur l'introduction de ces pratiques au Maroc.

 

 Doctinews N°118 janvier 2019

 Dr Mostafa Elmcherqui

Chirurgien urologue, Président de l’Association marocaine d’urologie.


 Doctinews.L’Association marocaine d’urologie célèbre cette année son 40e anniversaire. Au cours de ces quarante années, la spécialité a considérablement évolué. Quels sont les progrès majeurs qui ont été réalisés ?

Dr Mostafa Elmcherqui..L’urologie est une spécialité médico-chirurgicale qui s’intéresse à l’appareil urinaire de l’homme, de la femme et de l’enfant ainsi qu’à l’appareil génital de l’homme. Il s’agit donc d’une spécialité très variée qui évolue au rythme des progrès de la technologie. Je dirais que les deux principaux progrès majeurs sont liés à l’introduction de la coelioscopie et du laser ainsi qu’à la miniaturisation et au développement d’instruments de plus en plus souples. La chirurgie robotisée constitue, elle aussi, une véritable révolution, mais elle est encore d’introduction difficile au Maroc car l’investissement est conséquent.

Quelles sont les pathologies qui peuvent être traitées à l’aide du laser ?

Le laser est essentiellement utilisé pour le traitement de l’adénome prostatique et des lithiases au niveau de l’uretère et dans le rein. Le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate consiste à procéder à ce que l’on appelle la vaporisation de l’adénome par un faisceau laser guidé par voie endoscopique à travers le canal de l’urètre. La vaporisation détruit le tissu prostatique en laissant le reste de la prostate en place. Mais la grande révolution avec le laser est qu’il permet la destruction des lithiases. Actuellement, aucune lithiase ne résiste au laser, ce qui n’était pas le cas avec la technologie du lithotriteur pneumatique. De plus, la souplesse des urétéroscopes permet désormais d’atteindre facilement le rein et les calculs à détruire.

La coelioscopie est une technique chirurgicale dite mini-invasive. Quelles sont ses indications en urologie ?

La coelioscopie présente un intérêt grandissant dans le domaine de la néphrectomie car nous sommes aujourd’hui en mesure de détecter des tumeurs rénales de plus en plus petites. Auparavant, les recommandations préconisaient une ablation totale du rein, réalisable par coelioscopie. Aujourd’hui, les normes ont évolué et, lorsque la taille de la tumeur est inférieure à 4 cm et qu’il n’y a pas d’envahissement, le praticien procède uniquement à la résection de la tumeur, ce que permet la coelioscopie. L’autre indication majeure est la cure de prolapsus avec promontofixation. La coelioscopie offre l’avantage de ne pas avoir à pratiquer une ouverture large de l’abdomen. De plus, la caméra permet d’agrandir l’image et de visualiser aisément les petits vaisseaux à coaguler pour éviter les saignements.

Les praticiens sont-ils suffisamment équipés au Maroc ?

De plus en plus de cliniques sont équipées en matériel de coelioscopie. L’investissement pour une bonne colonne de coelioscopie est de l’ordre de 300 000 dirhams. En revanche, l’accès aux urétéroscopes souples est plus problématique. Il s’agit en effet d’un matériel coûteux, environ 150 000 dirhams, dont le nombre d’utilisation est limité (une douzaine d’interventions). Le matériel est fragile à manipuler et les opérations de décontamination sont délicates. Dans ce contexte, certaines cliniques suggèrent aux urologues de s’équiper eux-mêmes. Mais pour un urologue, l’investissement n’est pas toujours accessible. Il existe une solution alternative qui consiste à utiliser des urétéroscopes souples à usage unique. Ils sont proposés au Maroc à 5 000 dirhams hors laser, mais ils ne sont pas encore remboursés. En ce qui concerne la chirurgie robotique, qui permet notamment des gestes de plus en plus petits et précis et facilite l’accès à certaines zones au sein des organes, je suis convaincu que nous y viendrons bientôt au Maroc. L’investissement est certes très lourd, mais l’intervention est beaucoup plus confortable pour le praticien et pour le patient. Nous avons, au Maroc, des patients atteints d’un cancer de la prostate qui dépensent jusqu’à 25 000 euros pour bénéficier de la chirurgie robotisée en France. Autant la proposer au Maroc pour traiter ces patients !

L’évolution de la technologie nécessite une formation solide et régulière. Que propose l’association dans ce domaine ?

L’Association marocaine d’urologie est très active dans le domaine de la formation médicale continue. Nous organisons des congrès, des workshops, des journées opératoires au cours desquelles une intervention filmée est retransmise en direct… Les 7 et 8 septembre derniers, nous avons par exemple participé pour la première fois au Journées d’andrologie et de médecine sexuelle (JAMS). Au cours de cette manifestation organisée à Paris, des participants issus de France, du Maroc, de Tunisie, d’Algérie et du Liban ont été réunis en streaming live dans les villes de Paris, Rabat, Tunis, Alger et Beyrouth. 85 urologues marocains étaient présents le 1er jour à Rabat et 90 le deuxième jour. Par ailleurs, la totalité du streaming est en ligne sur le site de l’AMU. Nous étions également à Fès mi-décembre pour le congrès d’onco-urologie. Nous préparons actuellement notre congrès annuel qui se déroulera les 25, 26 et 27 avril 2019 et qui coïncidera avec notre 40e anniversaire. Le programme est déjà prêt et nous allons proposer comme chaque année depuis quatre ans des ateliers dédiés à l’urétéroscopie souple. Nous sommes par ailleurs invités à des congrès étrangers dans le cadre du développement de partenariats.

Avec quelles instances travaillez-vous à l’étranger ?

Nous avons été l’invité d’honneur lors du 41e congrès de la Société interdisciplinaire francophone d’urodynamique et de pelvi-périnéologie (SIFUD) à Avignon. Je suis membre de cette instance et je souhaitais créer un partenariat pour permettre aux urologues marocains d’y adhérer. Il s’agit d’une association qui regroupe des gynécologues, des urologues, des kinésithérapeutes, des sages-femmes… tous intéressés par les pathologies qui s’étendent du pelvis au petit bassin (incontinence urinaire, incontinence anale, prolapsus,...). En novembre dernier, nous avons également été l’invité d’honneur de l’Association française d’urologie. Des sessions ont été organisées sous forme de « clubs » dans les domaines de la cancérologie, de la chirurgie pédiatrique, de l’andrologie… et l’association française nous a demandé de proposer des orateurs marocains. Nous avons par ailleurs participé au congrès algérien et au congrès tunisien et nous avons fondé, avec les présidents des associations organisatrices, la Fédération maghrébine d’urologie qui a notamment pour mission d’être l’interlocuteur des urologues issus du Maghreb auprès des associations internationales. A ce titre, l’Association européenne d’urologie (EAU) nous a confié l’organisation d’une session maghrébine lors de leur prochain congrès.

Vous avez évoqué votre participation aux Journées d’andrologie et de médecine sexuelle (JAMS) organisées par l’Association française d’urologie. S’agit-il d’une médecine qui se développe au Maroc ?

De plus en plus d’urologues marocains s’intéressent à cet aspect de l’urologie d’une part, et beaucoup d’hommes ont des problèmes dont ils n’osent souvent pas parler, d’autre part. Il s’agit en général de troubles de l’érection. Ces difficultés sont d’ailleurs parfois évoquées par la femme qui accompagne son mari en consultation. Nous rencontrons également une maladie assez fréquente, la maladie de Lapeyronie qui se manifeste par la formation d’un nodule dans le corps caverneux. La cause n’est pas vraiment connue mais cette pathologie génère une dysfonction érectile. Il existe plusieurs options thérapeutiques avant d’envisager la pose d’une prothèse pénienne à condition que le patient ne consulte pas tardivement. En dehors du champ de la dysfonction érectile, un grand livre est en train de s’ouvrir actuellement, celui de la sexualité de la femme.

Y a-t-il en urologie des pathologies qui seraient plus spécifiques au Maghreb ?

Avec la prévalence du diabète et les modifications des comportements alimentaires, la pathologie lithiasique est une maladie assez fréquente. Par ailleurs, lors du congrès algérien d’urologie, nous avons remarqué une prévalence du cancer de la vessie qui arrive en deuxième position après le cancer du poumon, alors que dans la plupart des pays le deuxième cancer chez l’homme est celui de la prostate. De mon côté, je commence effectivement à voir de plus en plus de tumeurs de la vessie, même chez les femmes.

 

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