IPNA course Morocco 2014

Formation, échange et coopération

Le cours de formation spécialisée en néphrologie pédiatrique « IPNA Morocco 2014 » s’est tenu du 15 au 17 mai derniers à Casablanca et à Rabat. Organisée avec le soutien de l’Association internationale de néphrologie pédiatrique (IPNA), cette formation a été encadrée par le Pr Amal Bourquia, représentante de l’Afrique au conseil de l’IPNA. Elle a été l’occasion pour le réseau africain francophone de néphrologie pédiatrique de discuter et de suivre les projets communs.

Doctinews N° 67 Juin 2014

D

e nombreux spécialistes africains, venus du Maroc, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Congo, du Sénégal, d’Algérie… ont pris part au cours « IPNA Morocco 2014 » et ont pu confronter leurs expériences en matière de prise en charge des maladies rénales chez l’enfant avec celles des pays du nord de la Méditerranée en présence d’experts internationaux. Les objectifs principaux de ce cours ont été de dispenser une formation de qualité en néphrologie pédiatrique, de consolider les liens entre les spécialistes issus des pays africains et de favoriser les échanges entre les communautés médicales du continent. L’autre ambition affichée a été de soutenir les efforts et les actions des pédiatres africains visant à développer cette discipline dans les pays du Sud et de contribuer à la mise en place d’un programme d’échange et de coopération entre les pédiatres néphrologues francophones européens et leurs collègues africains, mais aussi une coopération Sud-Sud.

Améliorer la prise en charge de l’infection urinaire
L’infection urinaire est l’une des nombreuses thématiques évoquées lors du cours. Les spécialistes ont souligné la fréquence élevée de ce type d’infection caractérisée par un retard de diagnostic et de traitement et souvent associée à une anomalie des voies urinaires dont la plus fréquente est le reflux vésico-urétéro-rénal. Les récidives sont fréquentes et les cicatrices rénales peuvent entraîner, à long terme, une hypertension artérielle et une réduction néphrotique, d’où l’importance d’initier précocement une antibiothérapie chez l’enfant malade. L’efficacité de ce traitement est toutefois compromise par le phénomène de résistance de plus en plus fréquent, dû essentiellement à l’accès libre aux antibiothérapies. Pour résoudre cette problématique, les participants ont appelé à œuvrer ensemble afin d’identifier le profil des résistances locales et d’adapter ainsi l’antibiothérapie de première intention au contexte africain. Il a été également convenu de promouvoir l’utilisation des bandelettes urinaires afin de renforcer le dépistage précoce de l’infection urinaire et de limiter les risques liés à ses complications.

Prendre en charge l’insuffisance rénale aiguë
Les participants ont eu également l’occasion de débattre de l’insuffisance rénale aiguë (IRA), une pathologie dont la prise en charge pose de sérieux défis en Afrique. « L’hospitalisation est souvent motivée par l’apparition de complications sévères, voire létales, et la mise en route d’une épuration adaptée à l’âge et au mécanisme en cause n’est pas toujours possible », a indiqué le Pr Amal Bourquia dans sa conférence sur l’urémie aiguë chez l’enfant dans les pays à moyens limités. Elle a ajouté que des mesures éducatives peuvent probablement améliorer la situation, mais il est essentiel de développer des méthodes simples, mais efficaces de dialyse péritonéale (DP), afin de passer le cap de l’IRA. Les causes de l’urémie aiguë chez l’enfant marocain sont dominées par la glomérulonéphrite aiguë (50 %), les pathologies infectieuses suivies du syndrome hémolytique et urémique (15 %) et de l’hypo-perfusion rénale (10 %), alors que dans plus de 10 % des cas aucune étiologie n’est retrouvée. Les participants ont noté que le retard de diagnostic dans les pays africains et l’éloignement des centres de soins font que les enfants arrivent dans un état critique nécessitant une prise en charge urgente. Bon nombre d’entre eux ne peut malheureusement pas être soigné.

Développer la dialyse péritonéale
Le programme scientifique, à la fois riche et varié, comprenait d’autres thématiques, notamment les lithiases, les infections urinaires et la place de la dialyse péritonéale. Ce dernier thème a fait l’objet d’un atelier qui a permis de passer en revue les bases scientifiques de l’utilisation de cette technique, de faire des démonstrations pratiques et d’aborder l’expérience africaine dans ce domaine. Selon le Pr Bourquia, le développement de la dialyse péritonéale figure parmi les priorités de la formation car l’essor de cette technique contribuera, selon elle, à mieux gérer l’insuffisance rénale aiguë chez les enfants. « La gestion de l’insuffisance rénale aiguë n’a jamais été considérée comme une priorité majeure alors qu’elle doit être traitée comme toute autre urgence thérapeutique. La mise en place de la dialyse péritonéale et la prise de mesures favorisant son accessibilité en Afrique contribuera à résoudre cette problématique et renforcera la prise en charge des enfants malades », a-t-elle expliqué. Il est à noter qu’un programme destiné à sauver ces jeunes est engagé en Afrique avec l’aide des instances internationales. Grâce à son programme scientifique exhaustif et à la qualité des débats, le cours de l’IPNA a constitué une plate-forme d’échange autour de la néphrologie pédiatrique et des perspectives de son développement. Un événement qui, à n’en point douter, contribuera à ancrer cette spécialité en Afrique, notamment au Maroc.

Néphrologie pédiatrique
Parution d’un guide africain
Un nouvel ouvrage consacré à la néphrologie pédiatrique en Afrique vient de paraitre. Intitulé le Guide africain de néphrologie pédiatrique, il a été coordonné par le Pr Amal Bourquia, spécialiste en néphrologie et auteur de plusieurs livres dédiés à cette spécialité. Le livre dresse les contours de la néphrologie pédiatrique tout en livrant les expériences des pays africains en la matière. Il aborde, entre autres, les enjeux et les difficultés de la prise en charge de la maladie rénale chronique en Afrique, l’atteinte rénale au cours de l’infection par le VIH et l’état des lieux de la néphrologie pédiatrique en Afrique. « En Afrique, il n’y a pas de réelle collaboration entre les spécialistes dans ce domaine, ce qui a renforcé ma conviction sur la nécessité d’amener les néphrologues pédiatres africains à œuvrer ensemble, par le biais d’un ouvrage commun, afin de mettre en lumière les données spécifiques de notre continent dans ce domaine », explique le Pr Amal Bourquia dans le préambule de l’ouvrage. A noter que pour garantir une large diffusion, ce livre a été édité dans les deux langues, française et anglaise, et sera distribué gratuitement grâce au soutien de l’IPNA.

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