La Fondation des Enseignants Médecins Libéraux décortique le phénomène
Suite au débat organisé par la Fondation des Enseignants Médecins Libéraux (FEML) sur le thème de l’exode des compétences médicales et en marge de la 28ème édition du Salon International de l’Edition et du Livre, organisé du 01 au 11 juin 2023 à Rabat, la Fondation vient de publier un ouvrage sur le sujet. Sous le thème « Exode des compétences médicales, menaces et opportunités », l’ouvrage présente un état des lieux détaillé et traite l’exode médical chiffres à l'appui, ainsi que les causes et les conséquences de ce fléau en proposant des solutions. « Dans le présent ouvrage, nous avons recueilli les principales recommandations et idées qui ont été débattues lors de la journée organisée par la FEML le 23 avril 2022», a déclaré à cette effet le Pr Mouhcine El Bakkali Secrétaire général de la FEML et coordinateur, co-auteur de l’ouvrage.
Un exode massif
Le Maroc perd 600 à 700 médecins chaque année, soit 30% des médecins formés actuellement. Cet exode concerne toutes les catégories, depuis les étudiants en médecine jusqu’aux médecins spécialistes et les professeurs…
En plus de l’exode externe, l’exode interne est aussi grave et plus menaçante pour l’offre de soins dans le secteur public : plus de 80 % des médecins en formation (résidents) sont bénévoles et refusent d’intégrer le secteur public, pire encore, presque 100 % des médecins spécialistes du secteur public refusent de prolonger leur activité en secteur public après la fin de leur contrat.
Pour connaître les causes de cet exode massif, le livre se penche sur une étude de l’expatriation dans le monde avant de détailler les données ayant trait au cas du Maroc.
Ainsi, en ce qui concerne le Maroc, le pays se heurte à un déficit chronique en compétences médicales avec 7,3 médecins au lieu de 23 pour 10 000 habitants (norme de l’OMS). Ceci est inhérent à 5 facteurs : une faible capacité de formation (2 000 au lieu de 3 000) ; des médecins enseignants de plus en plus rares, un exode permanent à différents niveaux ( avant et après le bac, après le doctorat et après la spécialité ; une faible capacité de récupération des médecins marocains résidents à l’etranger (absence de politique attractive) ; et une mauvaise répartition géographique.
Les causes de ces départs massifs , d’après les données de la littérature et d’après une enquête réalisée par la Fondation des enseignants médecins libéraux, se résument comme suit : motivation matérielle ; recherche d’épanouissement dans les conditions de travail ; conflits avec le chef de service et ou l’Administration ; raison familiale…
Solutions et recommandations
Parmi les solutions proposées par la FEML, on retrouve le fait de freiner l’exode du corps médical des CHU et du secteur public vers le secteur libéral. En effet, le départ massif des compétences médicales des CHU vers le privé ou vers l’étranger ne se limite pas aux motivations matérielles, d’autres causes sont déterminantes, à savoir l’absence de démocratie et de méritocratie au niveau des CHU.
Dans ce sens, la FEML propose aux CHU et au secteur public, notamment, de démocratiser et limiter la durée du mandat des chefs de service (trois ans renouvelables une fois) ; d'élargir,de réglementer et revoir le TPA pour motiver les médecins enseignants et les médecins de santé publique à ne pas quitter le secteur public en leur accordant une activité à mi-temps en secteur libéral, ou encore la reddition des comptes des dirigeants des services des CHU…
De plus, la FEML propose également des solutions pour freiner l’exode des jeunes en quête de spécialisation, d’hyper-spécialisation ou de lieu d’exercice attractif, et ce vis-à-vis des étudiants en médecine, par exemple l’élargissement des lieux de formation des jeunes médecins spécialistes et des opportunités de stage au choix en secteur libéral, l’incitation fiscale aussi bien pour les jeunes médecins nouvellement installés que pour les médecins qui ont choisi de revenir au Maroc…
Parmi les solutions adressées aux universitaires, c’est d'améliorer les conditions de travail aussi bien dans les hôpitaux que dans les universités de démocratiser l’accès à la chefferie des services universitaires en limitant le mandat à cinq ans et en privilégiant la méritocratie sur l’ancienneté, de réglementer l’accès au TPA…
Pour les médecins du secteur public, parmi les solutions décrites dans l’ouvrage, celle-ci divisent, en plus de l’amélioration des conditions de travail et de la situation matérielle, de donner un accès réglementé au secteur libéral, de convertir automatiquement la durée du contrat en contrat avec objectifs, ou encore de lier les affectations des médecins spécialistes à un minimum d’équipement leur permettant d’exercer leur spécialité..
Par ailleurs, plusieurs recommandations sont abordées dans cet ouvrage pour que le secteur de la santé soit plus attractif, dont des mesures incitatives pour les étudiants en médecine et les jeunes lauréats, pour améliorer la qualité de la formation dans les CHU, pour profiter des compétences médicales en dehors du Maroc, et enfin des mesures incitatives à l’installation des médecins dans les zones à faible couverture médicale.






