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Vaccin anti-pneumococcique 13-valent : Une priorité pour les programmes nationaux

Doctinews N° 44 Mai 2012

Désormais cité en exemple, le programme national de vaccination marocain n’a cessé de s’améliorer, élargissant ainsi la protection des enfants de tout le royaume. Parmi les dernières avancées, l’intégration du vaccin anti-pneumococcique 13-valent et du vaccin antirotavirus, jugée prioritaire selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ahmed-Aziz-Bousfiha Aziz Bousfiha

la pneumonie est la première cause de mortalité chez l’enfant, avec 20 % de décès, soit un million d’enfants de moins de 5 ans par an.

Depuis 1987, le programme national d’immunisation (PNI) s’est étoffé. Grâce à l’implication du gouvernement, il protège désormais 95 % des enfants marocains de nombreuses pathologies telles que le tétanos, la diphtérie, la rougeole, la coqueluche, la poliomyélite, la rubéole ou l’hépatite B. L’introduction du vaccin anti-pneumococcique complète cette couverture, en protégeant l’enfant de l’ensemble des infections dues à la bactérie Streptococcus pneumoniae, également désignée pneumocoque.

La pneumonie, 1ère cause de mortalité infantile
Particulièrement dangereux chez les enfants de moins de 5 ans, les sujets immunodéprimés, les fumeurs et les personnes âgées, le pneumocoque est un germe redoutable qui peut provoquer des septicémies, des bactériémies, des affections invasives telles que la péritonite, l’arthrite infectieuse ou l’ostéomyélite. Il peut être à l’origine de plusieurs maladies comme l’otite moyenne aiguë (OMA) ou la sinusite. Le pneumocoque est la cause majeure de la méningite bactérienne.
Selon l’OMS, la pneumonie est par ailleurs la première cause de mortalité chez l’enfant, avec 20 % de décès, soit un million d’enfants de moins de 5 ans par an. Elle fait ainsi plus de victimes que le sida, le paludisme et la rougeole réunis.
Enfin, la pneumonie à pneumocoque représente environ 95 % des épisodes graves de pneumococcie et près de 90 % des décès imputables au pneumocoque (Source : « Vaccins et vaccination : la situation dans le monde » - Troisième édition 2010 OMS, Unicef et Banque mondiale).
Au Maroc, elle tue 4 000 enfants* de cette tranche d’âge chaque année.
Cette maladie se définit comme une infection respiratoire aiguë affectant les poumons, dont les alvéoles remplies de pus et de liquide limitent l’absorption de l’oxygène. Respiration rapide ou dyspnée, toux, frissons, céphalées, anorexie, fièvre et respiration sifflante constituent les symptômes les plus courants chez l’enfant et le nourrisson. Dans les cas les plus graves, les difficultés à respirer pour les enfants en bas âge peuvent provoquer un tirage sous-costal. Le nourrisson peut aussi présenter des convulsions, une perte de conscience, une hypothermie, une léthargie et des problèmes pour s’alimenter.
La rapidité d’action spécifique au pneumocoque nécessite une prise en charge rapide -dans les 24h00- et ce, quelle que soit la localisation de l’infection, au risque de provoquer le décès ou de causer de graves séquelles allant de la perte de l’ouïe à d’importants troubles neurologiques (difficultés d’apprentissage, retard d’élocution ou même paralysies).

Bénéfices de l’intégration du vaccin anti-pneumococcique au PNI
Ces tristes statistiques suffisent amplement à justifier l’introduction du vaccin conjugué anti-pneumococcique à 13-valent dans le calendrier national de vaccination en 2010, et sa mise à disposition gratuite pour tous les enfants vaccinés dans les différents centres de santé du Royaume. Administré en trois doses à 2 et 4 avec un rappel à 12 mois, le vaccin offre une couverture élargie contre le pneumocoque. Alors que son prédécesseur ne contenait que 7 sérotypes pneumococciques (4, 6B, 9V, 14, 18C, 19F et 23F), le nouveau vaccin anti-pneumococcique en a ajouté 6 (1, 3, 5, 6A, 7F et 19A) de manière à mieux protéger les enfants contre ces nouveaux sérotypes les plus fréquents au Maroc.
Un progrès majeur qui a reçu un accueil favorable des médecins, puisque la vaccination constitue le meilleur moyen d’éradiquer la maladie. La preuve en est que l’inclusion de la vaccination anti-pneumococcique dans les programmes nationaux de vaccination de plus de 50 pays a été suivie d’une réduction significative de l’incidence des infections pneumococciques graves (notamment des méningites et des pneumonies). Aux Etats-Unis, l’adoption du vaccin conjugué a permis de faire reculer de 94 %, en l’espace de trois ans, les pneumococcies invasives dues aux différents sérotypes de pneumocoque chez les enfants vaccinés, mais elle a aussi suscité un phénomène d’« immunité collective » et de réduction de la transmission chez les non-vaccinés, notamment les personnes âgées.
En outre, l’utilisation massive du vaccin contribue à lutter contre la résistance du pneumocoque aux antibiotiques, mécanisme fréquent chez certaines souches de pneumocoque au Maroc. Ces résultats prouvent le bien-fondé de la priorité donnée par l’OMS à l’inclusion du vaccin anti-pneumococcique aux programmes de vaccination nationaux, et le Maroc peut se féliciter de cette avancée médicale et sociale.

deux questions au Pr Aziz Bousfiha,
responsable de l’unité d’immunologie clinique, service des maladies infectieuses, hôpital pour enfant Abderrahim Harouchi

Doctinews. Pourquoi était-il nécessaire d’introduire le vaccin anti-pneumococcique au programme national d’immunisation au Maroc ?
Pr Aziz Bousfiha.
Pour réduire la mortalité infantile au Maroc, point essentiel des objectifs du millénaire pour le développement. En effet, le pneumocoque est le microbe qui tue le plus d’enfants de moins de 5 ans dans le monde. Au Maroc, cette dangereuse bactérie reste responsable d’un grand nombre de décès par pneumonie, méningite purulente et septicémie, notamment au cours de la première année de vie. En 2008, une étude chez les enfants de moins de 5 ans, réalisée dans le service des maladies infectieuses pédiatriques de Casablanca, en collaboration avec le laboratoire de microbiologie du CHU Ibn Rochd, a montré que 90 % des pneumocoques ont été isolés dans les méningites purulentes des nourrissons âgés de moins de 1 an. Dans cette vulnérable tranche d’âge, le pneumocoque était à l’origine de plus de 56 % des méningites avec une mortalité de 20 %, et de nombreuses séquelles...

Depuis que le vaccin anti-pneumococcique 13-valent a été introduit au Maroc, a-t-on constaté une diminution des infections dues à ce germe ?

Oui, nous avons constaté une diminution des infections invasives dues au pneumocoque. L’évaluation précise de l’impact de ce vaccin est en cours car il n’a été introduit dans le PNI qu’au dernier trimestre 2010. Cependant, les études épidémiologiques marocaines prévoient un très bon impact de ce vaccin, au moins comparable à celui de tous les pays qui l’ont utilisé. Ainsi, le centre français de référence des pneumocoques a rapporté en 2008 que le vaccin 13-valent avait permis de réduire les infections pneumococciques invasives de 73 %, les otites moyennes aiguës compliquées de 79 % et les pleuropneumopathies de 79 %.
Au Maroc, une excellente étude a été réalisée entre 2006 et 2010 au CHU de Casablanca qui avait permis de connaître les sérotypes et la résistance aux antibiotiques des pneumocoques responsables d’infections invasives chez 102 enfants marocains âgés de moins de 5 ans. Cette étude a montré que le vaccin 13-valent couvrait 92 % des sérotypes des pneumocoques à sensibilité réduite à la pénicilline contre 78 % pour le 10-valent. Ceci est en grande partie dû au fait que seul le 13-valent protège contre le sérotype 19 A qui a une sensibilité réduite à la pénicilline de l’ordre de 80 %.

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