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Education en matière d’IST : Le rôle des ONG

Doctinews N° 42 Mars 2012

La communauté associative mondiale, qui a joué un grand rôle dans l’éducation en matière d’infections sexuellement transmissibles, a su s’adapter à de nombreuses contraintes d’ordre social, culturel, religieux, géographique, économique, et lever progressivement le tabou. Un rôle méritoire.

Mounir-Sbai Mounir Sbai

Devant l’inefficacité et le manque de moyens des autorités sanitaires, le monde associatif a commencé à bouger.

Les infections sexuellement transmissibles (IST) sont en pleine expansion à travers le monde. La pauvreté, l’analphabétisme, les drogues, la propagation du Sida restent les facteurs sociaux les plus en cause ! L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime le nombre de nouveaux cas d’IST à 300 millions par an à travers le monde. Au Maroc, d’après les déclarations officielles du ministère de la Santé, ce sont 600.000 nouveaux cas annuels. Un chiffre considéré comme en dessous de la réalité, selon les professionnels de la santé.
L’automédication, l’enclavement de beaucoup de régions rurales non médicalisées, la grande incidence des IST chez la femme, qui atteint 70 % des cas déclarés, le coût du traitement, la prostitution, les dialectes locaux (amazigh), l’absence de séances d’éducation sexuelle dans les programmes de l’éducation nationale… sont des facteurs socio-économiques qui dépassent de loin les capacités des autorités sanitaires dans la lutte contre les IST et leur prise en charge.

Avant le Sida, les IST étaient ignorées !
Auparavant, le danger des IST n’était pas aussi pesant qu’actuellement. Le manque d’information, la pauvreté de la médiatisation et, surtout, la conviction que « la femme est la source de la maladie du sexe » ne laissait aucune chance à l’infiltration d’une quelconque idée corrigeant ces croyances. Sans oublier que les rares professionnels du secteur de la santé étaient concentrés dans les grandes agglomérations et manquaient, eux aussi, d’atouts pour informer et éduquer.
Le plus souvent, ces maladies étaient rattachées au manque d’hygiène ou à un mauvais sort. D’autant plus que certaines peuvent disparaître cliniquement, comme la syphilis, sans traitement, ou passer inaperçues sans laisser de trace décelable. Ce qui est d’ailleurs l’une des situations les plus graves en matière d’IST : des maladies qui peuvent « guérir », mais rester actives, évolutives et transmissibles.
Le danger des IST et le besoin d’un autre acteur que le ministère de la Santé a été ressenti lors de la déclaration du premier cas d’infection rétrovirale (Sida) au Maroc dans les années quatre-vingt ! La population rejetait catégoriquement la maladie, une grande peur l’avait envahie et beaucoup de fausses informations circulaient, témoignant d’une grande ignorance et du manque d’éducation sanitaire, particulièrement sexuelle. S’y ajoutaient les tabous, les concepts religieux et le principe du « mal qui ne touche que l’autre ». Il fallait intervenir à plusieurs niveaux en prenant en considération tous les ingrédients sociaux, culturels et économiques du pays !
Les autorités sanitaires, qui fournissaient les soins en fonction du besoin, mais surtout des moyens disponibles, avaient du mal à cerner toutes les composantes d’un tel phénomène. La population n’était pas prête à accepter une nouvelle maladie entourée de beaucoup de mystères, une maladie que « les touristes nous ramènent », qui « atteint exclusivement les homosexuels », pour laquelle les « patients atteints sont brûlés une fois diagnostiqués ».
À cette époque, avec ce nouveau-né encore inconnu par les professionnels de la santé, les moyens de communication manquaient entre le ministère de la Santé et ses agents, d’une part, mais aussi entre ces derniers et la population en général, d’autre part. De rares informations concernant cette nouvelle maladie parvenaient aux professionnels affectés loin des grandes villes.
Besoin d’un autre acteur
Avec le temps, l’éducation et la sensibilisation en matière d’IST-Sida sont devenues un besoin imminent pour contrecarrer cette déviation de l’information. Plusieurs constatations ont commencé à alarmer les rares personnes conscientes du danger de la situation au début dont, d’une part, l’accroissement du nombre de nouveaux cas, accompagné d’une hausse considérable des autres IST et, d’autre part, la grande période d’incubation de la maladie qui, à elle seule, constitue la « bombe à retardement » et le grand danger pour une population inconsciente de la gravité de la situation.
Devant l’inefficacité et le manque de moyens des autorités sanitaires, le monde associatif a commencé à bouger, de manière timide au début, parce que les IST étaient toujours un sujet tabou. L’expérience et le contact avec le terrain ont rendu les acteurs plus mûrs et munis d’armes convaincantes.
Les différences culturelles, dialectales et géographiques du Maroc ont été à l’origine de la création de plusieurs associations nationales, régionales et locales pour répondre à cette diversification. D’autres associations œuvrant dans des domaines autres que les IST ont commencé à s’y intéresser.
Pour mesurer les résultats obtenus, le meilleur indicateur n’est pas, à ce jour, le nombre de cas d’IST déclarés (car plusieurs arguments interviennent dans ces chiffres, loin de refléter la réalité), mais plutôt la vigilance de la population vis-à-vis de ces maladies et son comportement après avoir bénéficié d’une éducation sexuelle, certes quelque peu timide, mais relativement efficace.

De nombreuses contraintes
Cette lutte a été confrontée à plusieurs contraintes -toujours d’actualité d’ailleurs- sociales, culturelles (analphabétisme, dialectes…), religieuses, géographiques, et surtout économiques. Chaque action et chaque mouvement ont nécessité des fonds, difficiles à trouver auprès des bailleurs de fonds locaux qui ne voulaient pas entendre parler de ce qui, à leurs yeux, représentait un « mal sexuel ». Avant de « tendre la main », il a donc fallu leur faire changer d’idée !
En 1996, un programme d’appui au secteur associatif pour la lutte contre les IST et le Sida vis-à-vis des associations locales a été conduit grâce à l’Association marocaine de solidarité et du développement (AMSED). L’appui financier a été assuré par l’alliance internationale contre le VIH-Sida. En 1999, un programme pilote a consisté à intégrer la prévention contre les IST-Sida dans les séances d’alphabétisation destinées aux jeunes filles et aux femmes.
D’autres grandes associations nationales, toujours grâce à des fonds internationaux (ONUSIDA, FNUAP, PNUD), ont pu nourrir les petites associations locales et régionales, soit directement, soit indirectement, en organisant pour elles des ateliers, en leur assurant des formations et des moyens techniques pour continuer et renforcer la lutte contre les IST-Sida.
Actuellement, grâce à toutes les associations militantes, beaucoup de changements dans l’acceptation et la tolérance de ce phénomène sont ressentis quotidiennement. Les IST sont presque devenues des maladies comme les autres, le sujet est abordé librement avec le médecin, l’entourage, dans les médias… ce qui, en soi, est une grande avancée.

Gratuité du traitement
La bataille pour la lutte et la prévention des IST devrait s’accompagner de celle consacrée à la prise en charge des malades, l’une étant en étroite relation avec l’autre.
Lors de l’avènement du traitement du Sida, l’Etat était dans l’impossibilité de procurer ce dernier à tous les patients. Il y a quelques années, en raison du coût exorbitant des médicaments, seuls les patients bénéficiant d’une couverture sociale étaient pris en charge en matière de trithérapie.
La communauté associative mondiale, consciente de la gravité de la situation, s’est battue contre le courant des industriels pour rendre le traitement accessible à une population dans le besoin. D’autant que la maladie touchait en premier les pays pauvres ! Cette lutte a permis d’augmenter le nombre de malades bénéficiant de trithérapie dans beaucoup de pays, dont le Maroc. Le traitement du Sida est devenu disponible gratuitement tout comme sa prise en charge hospitalière et les investigations biologiques y afférentes.

Prise de conscience
Durant les vingt dernières années, le comportement de la population a beaucoup changé. De plus en plus de citoyens consultent en matière d’IST, les malades commencent à en parler sans tabou, les patients atteints du Sida peuvent avoir recours à des consultations spécialisées prises en charge par des ONG. Des tests sérologiques rapides sont proposés gratuitement par beaucoup d’associations. Plus encore, certains malades sont mêmes embauchés par des associations et bénéficient d’un salaire et d’une couverture sociale. Sans oublier la hausse de la consommation des préservatifs qui témoigne d’une prise de conscience vis-à-vis des IST.
Même les professionnels du sexe sont abordés depuis quelques années par le monde associatif qui leur fournit information, éducation et conseil dans ce domaine.
Aujourd’hui, personne ne peut nier le grand rôle qu’ont joué et continuent de jouer les ONG dans la démystification des IST et du Sida, tant au sein de la population générale que parmi les professionnels de la santé. Un rôle qui permet de traiter les malades, de leur donner de l’espoir et de les intégrer dans une société qui, auparavant, les criminalisait. Cependant, tant que l’éducation sexuelle restera absente des écoles et des foyers, beaucoup restera à faire dans ce domaine !

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