Environnement et santé au Maroc

Environnement et santé au Maroc 27 février 2019

 Un enjeu de taille

 Les mutations écologiques qui impactent l’environnement affectent la santé des citoyens. Dans les pays en voie de développement, la pollution et les dangers liés à l’environnement sont responsables de maladies diarrhéiques, de maladies respiratoires aigües, de cancers ou encore de traumatismes physiques. Plusieurs facteurs environnementaux constituent des risques pour la santé de la population. Il s’agit de la pollution atmosphérique, des changements climatiques, de la contamination de l’eau, des substances toxiques et de la dégradation des écosystèmes.

 

Doctinews N°118 Février 2019

 Par les Prs Chadia Ouazzani1, Abdellah Dami2, Abdellah Moustaghfir3

 1 - Laboratoire de Biochimie Biologie Moléculaire - Faculté de médecine et de pharmacie - Rabat 2- Hôpital militaire Mohamed V - Rabat 3- Faculté de Médecine dentaire - Rabat


Selon l’OMS, chaque année, les risques environnementaux – pollution de l’air intérieur et extérieur, tabagisme passif, insalubrité de l’eau, manque de moyens d’assainissement et hygiène insuffisante – entraînent le décès de 1,7 million d’enfants de moins de 5 ans. L’OMS, toujours, estime à 7 millions le nombre de personnes qui meurent chaque année dans le monde à cause de la pollution de l’air extérieur et de l’air qui règne à l’intérieur des habitations. La pollution de l’air serait ainsi à l’origine de 29 % des morts par cancer du poumon, de 25 % des décès imputables aux accidents vasculaires cérébraux et de 24 % des décès par cardiopathie. Elle serait également responsable de 43 % des décès liés à la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

Principaux facteurs environnementaux

Les facteurs environnementaux qui agissent sur la dégradation de la santé sont de plusieurs natures.

La pollution atmosphérique

La pollution atmosphérique concerne la dégradation de l’air respiré à cause des substances polluantes qui se retrouvent dans l’atmosphère. Les principaux polluants atmosphériques sont les particules fines, le dioxyde de soufre (SO2), l’ozone, les oxydes d’azote (NO et NO2) et les composés volatils (COV). La pollution atmosphérique provient des gaz produits par les voitures en excès, des fumées d’usine, du tabagisme et du chauffage industriel.

La pollution intérieure

Les fumées dégagées par le tabac polluent l’air intérieur. Elles contiennent plusieurs substances parmi lesquelles figurent le monoxyde de carbone, des oxydes d’N, des goudrons, du benzène, des métaux lourds. La peinture, les détergents, les cosmétiques et les produits d’entretien constituent également des sources de pollution.

La pollution de l’eau

La pollution de l’eau est la contamination par les déchets, des produits chimiques ou des microorganismes. Elle est due à l’agriculture à cause des pesticides et des engrais et aux rejets ménagers tels que les médicaments et biocides rejetés via des eaux usées.

Les déchets

La décharge publique est un milieu fertile pour la prolifération des maladies, microbes, insectes et bestioles. Elle est constituée de cumuls et d’amas de pierres, de déchets (solides et liquides), de boues, d’eaux usées et de toutes sortes d’ordures domestiques, humaines et animales.

Les rayonnements ionisants

La radioactivité est un phénomène naturel lié à l’instabilité de certains atomes qui composent la matière. Ces atomes instables (les radioéléments) émettent des rayonnements qui, en interagissant avec la matière, peuvent l’ioniser, c’est-à-dire enlever un ou plusieurs électrons à ses atomes. Ces rayonnements sont dits ionisants. Généralement, un radioélément émet plusieurs types de rayonnements ionisants à la fois : alpha, bêta, gamma, X et neutronique. L’émission diminue avec le temps, de quelques jours à plusieurs millions d’années, selon le radioélément considéré (décroissance radioactive). La radioactivité peut provenir de substances radioactives naturelles (uranium, radium, radon) ou artificielles (californium, américium, plutonium). Différents dispositifs et installations (accélérateurs de particules, générateurs électriques…) peuvent également émettre des rayonnements ionisants. Plusieurs secteurs d’activité sont concernés par l’utilisation de rayonnements ionisants dont, parmi les principaux : le secteur médical (radiothérapie, radiodiagnostic, médecine nucléaire…), l’industrie nucléaire (extraction, fabrication, utilisation et retraitement du combustible, stockage et traitement des déchets…), presque tous les secteurs industriels (contrôle par radiographie de soudure ou d’étanchéité, jauges et traceurs, désinfection ou stérilisation par irradiation, conservation des aliments, chimie sous rayonnement, détection de masses métalliques dans les aéroports…) et certains laboratoires de recherche et d’analyse (INRS 2018).

La chaine alimentaire

Les activités agricoles et d’élevage également polluent les sols à cause de l’application excessive de pesticides et d’engrais, de l’utilisation d’eaux usées non traitées pour l’irrigation et le recours au fumier et aux boues d’épuration porteuses de bactéries résistantes aux anti-microbiens et de métaux lourds. Par ailleurs, l’appauvrissement du plancton en mer Méditerranée engendre la disparition de poissons comme les sardines et les anchois.

Les changements climatiques

Le réchauffement climatique est un phénomène global de transformation du climat caractérisé par une augmentation générale des températures moyennes (notamment liée aux activités humaines) qui modifie durablement les équilibres météorologiques et les écosystèmes. Les changements climatiques sont l’un des défis majeurs de notre époque car ils représentent une menace pour les sociétés et pour la planète. Ces bouleversements climatiques perturbent la faune et la flore, dont la répartition géographique tend à se déplacer vers le Nord. Ils impactent également l’agriculture, la santé et l’économie.

Des solutions antipollution

De nombreuses initiatives ont vu le jour pour tenter de contrôler le phénomène de la pollution. L’une d’entre elles s’intéresse aux plantes antipollution. En effet, certaines plantes peuvent améliorer la qualité de l’air. Le lierre est ainsi capable d’absorber le benzène. Le ficus bBenjamina, le chlorophytum et l’aloès éliminent la formaldehyde. Mais, en l’état actuel des connaissances encore limitées, l’utilisation de plantes en pot (système passif) n’apparaît pas efficace pour éliminer les polluants de l’air dans les espaces clos. « Les caractéristiques d’ambiance des milieux intérieurs (mouvements d’air réduits, température constante, faible hygrométrie, luminosité) ne sont pas propices à optimiser les facultés d’accumulation des polluants par les végétaux », expliquent les chercheurs. La délivrance d’un label « capacité d’épuration de l’air » pour une plante apparaît donc « largement prématurée », a souligné Joëlle Colosio, chef du service d’évaluation de la qualité de l’air à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). De plus amples études restent néanmoins nécessaires pour confirmer le rendement des systèmes de biofiltration en situation réelle, « tenant compte des expositions pendant de longues périodes à des mélanges de polluants en faibles concentrations », ont souligné les chercheurs. Une autre initiative s’oriente vers l’utilisation d’un revêtement routier à base de dioxyde de titane intégré dans le dallage qui serait capable de réduire la teneur de l’air en oxydes d’azote, un gaz rejeté par les moteurs automobiles. Il catalyse une réaction photochimique qui transforme en nitrates les oxydes d’azote NOx émis par les voitures (Jos Browers 2010). Les véhicules à carburants alternatifs pourraient permettre de pallier l’épuisement progressif des réserves de pétrole et contribuer à préserver l’environnement. Plusieurs solutions alternatives aux carburants conventionnels sont développées comme les biocarburants, le GPLc, le GNV et les carburants de synthèse qui devraient tous trouver leur place dans le futur mix-énergétique. Parallèlement, des solutions éprouvées existent. l L’assainissement est une démarche visant à protéger le cadre de vie, la santé et l’environnement qui sera légué aux générations futures. Le traitement des eaux usées est l’étape entre l’usage de l’eau et sa restitution au milieu récepteur. Il comprend plusieurs étapes allant de la collecte à l’évacuation des déchets solides et liquides, en passant par leur traitement. l Le recours aux énergies renouvelables (ou EnR) qui désignent un ensemble de moyens de produire de l’énergie à partir de sources ou de ressources théoriquement illimitées, disponibles sans limite de temps ou reconstituables plus rapidement qu’elles ne sont consommées, permet également de limiter la pollution. Sont concernées l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique, la biomasse et la géothermie. l Le lagunage naturel est un procédé d’épuration qui a pour principe d’utiliser la végétation aquatique comme agent épurateur des eaux polluées. Les plantes aquatiques sont ici utilisées comme support aux colonies bactériennes, assurant l’épuration efficace de l’eau qui traverse lentement les colonies végétales installées.

Mesures préconisées

Afin de faire face aux nouveaux problèmes d’environnement et de santé et de préserver le système climatique mondial dans l’intérêt des générations présentes et futures, un certain nombre de mesures sont préconisées parmi lesquelles : l Encourager la recherche qui permettra de combler le manque de connaissances ; l Créer des mécanismes de financement nouveaux pour la protection de l’environnement global ; l Conjuguer les efforts pour offrir à la population un environnement sain ; l Mettre à la disposition des citoyens les informations nécessaires ; l Stabiliser les concentrations des gaz à effet de serre ; l Mettre en œuvre des services de contrôle des facteurs de l’environnement et maitriser les risques issus des produits chimiques ; l Limiter le gaspillage et la surconsommation ainsi que les transports inutiles ; l Protéger le travailleur en tenant compte des risques encourus ce qui nécessite au préalable une évaluation des risques en lien avec le processus industriel et les conditions d’exposition des personnes et appliquer des mesures de prévention qui visent à maîtriser les risques de contamination par les matières radioactives ainsi que les risques d’exposition aux rayonnements ionisants ; l Privilégier les énergies renouvelables en installant des panneaux photovoltaïques ou des éoliennes ; l Etc.

Des contraintes locales

Malheureusement, le Maroc peine encore à concilier environnement et développement. Par exemple, entre 60 et 80 % des déchets pourraient être recyclés. Ils ne le sont pas et se retrouvent dans les eaux souterraines et dans les sols arables. Parmi les difficultés rencontrées, il existe notamment un manque de coordination entre les différents intervenants concernés et une absence de moyens de mesure pour le suivi, le contrôle et l’application des lois. Le financement de l’adaptation au changement climatique est par ailleurs insuffisant, malgré que la dégradation de l’environnement nuise aux catégories les plus vulnérables de la société et représente, in fine, un cout élevé. Il est donc nécessaire de conjuguer les efforts et de mettre en œuvre plusieurs actions afin d’aboutir à une nette amélioration de la santé de la population. Les solutions aux problèmes liés à l’environnement doivent garantir un environnement sain et un cadre de vie agréable, un accès durable à l’eau potable, une gestion efficace des déchets et une protection des sols et des forêts.

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