Maladie coeliaque

Quand le gluten endommage l’intestin grêle

Tantôt invalidante, tantôt asymptomatique, la maladie cœliaque doit, selon le cas, être diagnostiquée ou dépistée afin d’éviter les complications qui, dans un cas comme dans l’autre, entraînent un accroissement de la morbidité et de la mortalité.

Dr Nadia Bouyahyaoui

Médecin généraliste diabétologue, nutritionniste -Témara

Doctinews N° 40 Janvier 2012

 

La maladie cœliaque est une entéropathie auto-immune déclenchée par l’ingestion de gluten chez des sujets génétiquement prédisposés. Du fait de ce facteur génétique, la prévalence varie d’une population à l’autre, mais elle est estimée actuellement à 1 sur 300 dans la population européenne. Cette prévalence élevée, qui est obtenue sur la base d’études de dépistage systématique, englobe aussi les cas « asymptomatiques ».
En fait, il n’y a pas une frontière nette entre les cas symptomatiques et ceux asymptomatiques. En effet, nombre de malades cœliaques méconnus se sont habitués à leur état et ne «  découvrent » leurs symptômes qu’à posteriori, après que le diagnostic ait été posé (par dépistage familial, par exemple) et qu’ils aient commencé à suivre un régime sans gluten. Ils découvrent alors un état de bien-être dont ils n’avaient pas idée. Avec la maladie cœliaque, nous sommes donc bien à la frontière entre dépistage (chez des sujets supposés asymptomatiques) et diagnostic (chez des sujets présentant des plaintes).

 

Nombre de malades cœliaques méconnus se sont habitués à leur état et ne découvrent leurs symptômes qu’à posteriori, après que le diagnostic ait été posé.

 

Anomalies biologiques et complications

L’anémie ferriprive est présente dans 50 à 70 % des cas, mais la carence en acide folique est plus spécifique. Plus rarement, des carences en vitamines B12, une hypoprotéinémie, un déficit en calcium, en magnésium et en zinc, ainsi qu’en certains facteurs de coagulation (II,VII, X), en vitamine K et D sont décelés. Enfin, une élévation isolée des transaminases peut également être observée (maladie cœliaque dans 2 à 9 %).
Chez certains patients, les complications, seul signe d’appel, sont dues soit aux carences, soit aux cytokines produites par des réactions immunitaires inappropriées et, parfois, encore inexpliquées. Ces dernières peuvent toucher différentes sphères, dont le retard statural et/ou pondéral chez l’enfant, la petite taille chez l’adulte, un état de dénutrition, une ostéoporose (présente chez 28 % des cœliaques au moment du diagnostic) avec ou sans fractures pathologiques, une hypoplasie de l’émail dentaire.
Les complications neurologiques concerneraient 5 à 10 % des cas et comprennent l’épilepsie avec calcifications cérébrales (maladie cœliaque dans 50 à 80 %), l’ataxie (maladie cœliaque présente dans 13 à 16 %), les myopathies, les myélopathies, les neuropathies périphériques, la démence, des leuco-encéphalopathies multifocales progressives.
Les troubles psychiatriques englobent la dépression pouvant mener aux tentatives de suicide (la dépression nerveuse se rencontre chez 20 à 50 % des cœliaques méconnus), et la schizophrénie.
Enfin, les cancers gastro-intestinaux comprennent l’adénocarcinome mais, surtout, le redoutable lymphome non hodgkinien à cellules T, dont le risque est multiplié par 6.


Un large éventail de symptômes

Dans les formes typiques, la maladie coeliaque se manifeste par des diarrhées, des ballonnements, des flatulences, des douleurs abdominales, des vomissements, de l’anorexie, une fonte musculaire et un amaigrissement.
Ces formes, qui ne concernent finalement que moins de la moitié des malades, restent toutefois plus fréquentes chez le petit enfant.
Les formes atypiques concernent généralement l’enfant plus grand, l’adolescent et l’adulte ; la fatigue ou asthénie est présente dans plus de 50 % des cas, la constipation, des aphtes à répétition, la migraine, l’alopécie. Des troubles gynécologiques tels que la dysménorrhée, l’infertilité, les fausses couches à répétition peuvent être retrouvés.
En rhumatologie, la maladie cœliaque peut provoquer des crampes, des crises de tétanie, des myalgies, des arthralgies, des douleurs osseuses. Enfin, les troubles neurologiques tels l’ataxie, les neuropathies périphériques, les convulsions et des troubles psychiatriques divers peuvent apparaître, allant de l’anxiété jusqu’à la dépression grave en passant par des troubles du comportement.
Par ailleurs, un certain nombre de maladies auto-immunes ou de syndromes sont associés à la maladie cœliaque tels la dermatite herpétiforme, le diabète de type I (risque 5 à 6 %), la thyroïdite auto-immune (risque 5 à 6 %), le syndrome de Sjögren (risque de 15 %), l’arthrite rhumatoïde (risque de 3 %), la cirrhose biliaire primitive (risque de 6 à 7 %).
Le syndrome du colon irritable masquerait une maladie cœliaque dans 5 à 10 % des cas. La trisomie 21 et la déficience en IgA sont également plus fréquemment associées à la maladie cœliaque.

 

Les tests diagnostic

Pour confirmer le diagnostic, le dosage des IgAantiendomysium ou des IgA anti-transglutaminase est recommandé.
Si ces tests sont positifs, une biopsie duodénojéjunale, par voie gastroscopique, permettra de confirmer le diagnostic. Il faut demander au gastro-entérologue d’effectuer plusieurs prélèvements bien orientés afin de limiter le risque de n’obtenir que des échantillons non interprétables par les anatomopathologistes.


Seul traitement, le régime

À ce jour, il n’existe aucun traitement médical ni médicament pour soigner l’intolérance au gluten. Seul un régime total sans gluten s’impose pour éviter les risques à long terme.
Pour être efficace, ce régime -dit strict, car totalement dépourvu de gluten-, doit débuter dès le diagnostic de la pathologie et être suivi à vie.
Les associations constituent une aide précieuse pour les patients et leurs familles.
Découverte pouvant offrir un espoir de traitement par « désensibilisation », les chercheurs du Walter andEliza Hall Institute en Australie ont décelé trois molécules, appelées peptides, qui seraient les plus impliquées dans la maladie.


 

Régime sans gluten

Contraignant, mais efficace
 

Le régime d’éviction consiste à ne consommer que des aliments sans gluten. Dans ce cas, la protéine responsable de la dégradation du tissu intestinal n’est plus présente. Cependant, le gluten étant issu de certaines céréales (blé, orge, avoine, seigle...), qui composent un grand nombre d’aliments tels que pâtes, pains, biscuits…, le régime est contraignant.
En outre, avec l’arachide, le gluten est l’exemple même de l’allergène masqué, difficile à identifier.
Il faut être vigilant dans le choix des produits du commerce car le gluten peut être présent sous diverses autres formes directes : boulgour, triticale, épeautre, kamut… que l’on trouve dans les farines, semoules, flocons, chapelures et tous les produits dérivés et indirectes comme l’amidon, l’amidon modifié, le malt… présents dans les yaourts aux fruits, la crème glacée, les sauces tomate…
L’alimentation est donc restreinte, mais encore assez diversifiée. Ainsi le riz, le maïs, le soja, la pomme de terre, le quinoa ou encore le sarrasin sont autant d’aliments autorisés pour la personne souffrant de maladie cœliaque. Il est important de bien lire les étiquettes de chaque produit avant de le consommer et de n’utiliser que des ustensiles propres pour éviter la contamination croisée (utilisation d’ustensiles ayant déjà servi à la préparation de plats contenant du gluten).

 

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