CANCERS FÉMININS

CANCERS FÉMININS 02 avril 2020

 QUELS DÉFIS POUR DEMAIN

Les cancers féminins représentent plus de la moitié des nouveaux cas de cancers diagnostiqués chaque année chez la femme au Maroc (1). Ces cancers sont représentés par : le cancer du sein, le cancer du col utérin, le cancer du corps utérin puis celui des ovaires.

Doctinews N°130 Mars 2020

 Par les Dr Narjiss BERRADA et Pr Hassan ERRIHANI

 Pôle des cancers gynécomammaires, Institut National d’Oncologie - Rabat, Maroc


 

La plupart des cancers féminins touchent des femmes jeunes (48 ans de médiane d’âge pour le cancer du sein par exemple) et ont un impact majeur sur l’équilibre social, économique et psychologique des patientes et de leurs familles. Concernant le cancer du corps utérin et celui des ovaires, la prévention et le dépistage dans la population globale n’est pas encore d’actualité. Toutefois, des avancées majeures ont été réalisées ces vingt dernières années dans la prévention, le diagnostic et la prise en charge des cancers du sein et du col utérin. L’enjeu majeur pour notre pays est de travailler en amont afin de réduire l’incidence mais aussi la mortalité et la morbidité de ces cancers féminins.

Le cancer du sein

Le cancer du sein est le premier cancer chez la femme au Maroc, aussi bien en termes d’incidence que de mortalité.

On estime le nombre de nouveaux cas à 10.136 par an, ce qui représente 36% des cas de cancers chez la femme. L’incidence de ce cancer est en augmentation croissante. Selon les estimations du Globocan (2), le nombre de nouveaux cas au Maroc va tripler d’ici 2030. Cette augmentation d’incidence constitue un véritable challenge pour un pays en pleine transition démographique, économique et sociale où on va être confronté à une double peine, c’est à dire l’existence à la fois de maladies infectieuses lourdes telles que la tuberculose et l’apparition de plus en plus de cas de cancers dans la société. Le défi dans les années à venir serait de prévenir mais aussi de prendre en charge les cancers du sein à un stade de plus en plus précoce afin de réduire les coûts et d’augmenter le taux de guérison dans une population jeune et active. Dans les stades I par exemple, la survie dépasse les 90%, c’est à dire que neuf patientes sur dix vont guérir de leur maladie. Par contre, dans les stades avancés, la survie à cinq ans ne dépasse pas les 25%. Le coût du traitement va aussi être beaucoup plus important dans les stades avancés où les thérapies innovantes et les soins de supports sont souvent nécessaires. Pour réussir à réduire les stades au diagnostic, il faut miser sur le dépistage systématique du cancer du sein. Mais, pour avoir un impact sur la survie, ce dépistage doit être généralisé et doit concerner 80% de la population féminine âgée entre 45 et 70 ans. Il se fait par une mammographie des deux seins. Cette mammographie doit être demandée par les médecins traitants, les généralistes et les gynécologues chaque deux ans.

Ces médecins ont un rôle primordial dans la réussite du dépistage et du diagnostic précoce car quand on regarde les études de dépistage publiées en Belgique et au Pays-Bas, la population d’origine maghrébine a un taux de participation moindre par rapport à la population globale malgré la performance du système de dépistage. Cette faible adhérence est expliquée en partie par la peur de la maladie. Il est important que le médecin traitant prenne le temps d’expliquer aux patientes la finalité de cet examen mais aussi le risque encouru en cas de retard de diagnostic. Les médias traditionnels (radio, télévision, journaux...) ainsi que les nouveaux (Instagram, Facebook, ..) ont également un rôle important dans la démystification de la maladie.

Le cancer du col utérin

Le cancer du col utérin arrive en 2e position avec près de 3.380 nouveaux cas par an (2). Dans ce cancer, le challenge est encore plus grand car on peut agir à la fois pour diagnostiquer tôt la maladie mais surtout pour la prévenir car la majorité de ces cancers du col utérin sont liés à l’infection par les papillomavirus humains (HPV). Plusieurs types de ces virus ont été identifiés dont 12 sont reconnus comme à haut risque oncogène (HPV 16, 18, 31, 33, 35, 45, 52, 58, 39, 51, 56, 59). Ces virus sont transmis par voie sexuelle. L’utilisation du préservatif n’élimine pas le risque de transmission de ce virus contrairement aux autres maladies sexuellement transmissibles. En plus du cancer du col utérin, ces virus sont aussi incriminés dans sept autres cancers : l’anus, l’oropharynx, la vulve, le vagin, la cavité orale, le larynx et le pénis (4). Afin de réduire l’incidence de ce cancer, plusieurs pays ont misé sur la vaccination des jeunes filles à partir de 11 ans.

Le vaccin permet de réduire jusqu’à 90% le risque de développer la maladie. Il est maintenant recommandé dans le calendrier vaccinal des filles en occident mais aussi des garçons dans certains pays. Toutefois, malgré les preuves scientifiques de son efficacité et de son innocuité, sa pénétrance demeure faible du fait de l’accessibilité mais aussi de la polémique autour de la sécurité d’emploi des vaccins. C’est dans ce domaine que les professionnels de la santé doivent agir afin d’informer les familles de l’importance de la vaccination des enfants. Cette mission est délicate car elle concerne un sujet tabou qui est la sexualité. Un argument à mettre en avant est que ce cancer peut. condamner l’avenir obstétrical des femmes atteintes par ce cancer. Le deuxième point sur lequel il faut agir est le dépistage systématique du cancer du col chez toutes les femmes entre 25 à 65 ans par frottis cervico-vaginal chaque trois ans et cela même en cas de vaccination contre l’HPV. La combinaison de la prévention primaire par la vaccination à la prévention secondaire par le dépistage va permettre de lutter efficacement contre ce cancer évitable. Un nouvel article paru ce mois dans la prestigieuse revu le LANCET estime que 13 millions de décès par ce cancer dans le monde peuvent être évités si on généralise la vaccination, le dépistage et le traitement précoce des lésions pré- cancéreuses (5).

Le cancer du corps utérin et le cancer de l’ovaire

Ces deux cancers représentent 10% des cancers chez la femme au Maroc (1). Il n’existe à ce jour pas de moyens de dépistage ou de diagnostic précoce efficace de ces cancers, à l’exception des familles avec des mutations génétiques identifiées. Dans cette population mutée BRCA, une surveillance standardisée des ovaires est nécessaire du fait du risque important de développer un cancer ovarien.

Les autres cancers chez la femme

En plus des cancers féminins, d’autres cancers sont en recrudescence chez la femme marocaine, notamment le cancer du poumon et les cancers colorectaux. Le cancer du poumon est devenu le premier cancer chez la femme en occident. Ce cancer mortel est directement lié au tabagisme. La prévention primaire est primordiale. La lutte contre le tabagisme actif et passif est un enjeu de santé publique. Elle doit concerner toute la population mais surtout les plus jeunes chez qui on assiste ces dernières années à une augmentation du tabagisme. La cigarette électronique doit être également ciblée. En plus de la lutte contre le tabac, un mode de vie sain incluant une alimentation équilibrée et une activité physique régulière doit être encouragé. Il permet de réduire jusqu’à 40% le risque de développer certains cancers.

RÉFÉRENCES

1- https://www.contrelecancer.ma/site_media/ uploaded_files/RCRGC.pdf

2- http://gco.iarc.fr/today/data/factsheets/ populations/504-morocco-fact-sheets.pdf

3- Hartman E1, van den Muijsenbergh ME, Haneveld RW. Breast cancer screening participation among Turks and Moroccans in the Netherlands: exploring reasons for nonattendance. Eur J Cancer Prev. 2009 Sep;18(5):349-53

4- https://www.e-cancer.fr

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